La Chouette, Livres

Eleanor & Park : la romance pipou

Histoire de changer des livres qui font le buzz en ce moment, aujourd’hui je reviens pour parler d’un livre a) qui a fait le buzz y’a six ans b) que j’avais pas l’intention de lire avant de me retrouver confinée avec plein de romans qui me font pas envie.

Parlons d’Eleanor & Park.

Considérant que la romance est un des genres qui me débectent le plus mais qu’un challenge auquel je participe m’intimait l’ordre d’en lire une, je me suis dit que, tant qu’à faire, autant me débarrasser de la vile consigne avec un roman de la sacro-sainte autrice jeunesse Rainbow Rowell. Ce choix a pu être motivé par mes comparses qui ne cessent de me seriner en utilisant moult majuscules que RAINBOW ROWELL C’EST TROP BIEN TU DEVRAIS LIRE TOUT CE QU’ELLE A ECRIT. Quand j’ai ouvert le livre, je m’attendais pas à être emballée, juste à être moins répugnée qu’avec une romance standard.
Mais je m’attendais absolument pas non plus à lire un roman sur mon adolescence. Okay l’histoire se déroule en 86 (j’avais donc -7 ans), mais si on remplace les lecteurs cassette par les lecteurs CD qui rentraient pas dans les poches de mon manteau, on est en plein dedans.

Sachez donc que mon avis est 100% biaisé.

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Je suis pas fan des love-at-first-sight alors j’ai apprécié que la rencontre entre Eleanor & Park n’aie pas grand-chose de romantique : elle est nouvelle, grosse et rousse, il est petit, asiatique et pas très épais, et elle s’avance vers le fond du bus, or toute personne qui a dû prendre un bus scolaire sait à quel point c’est une épouvantable idée quand on est peu gâté par la génétique. La seule place libre est à côté de Park, qui la lui laisse de très mauvaise grâce. Et si dans n’importe quel autre roman j’aurais trouvé brusque la manière dont cette animosité se change en attraction, le fait de lire des personnages qui ressemblent littéralement à mon premier amour et moi a ramené son lot de souvenirs. D’ailleurs les étapes de leur relation m’ont fait me dire que pour le coup, Rainbow Rowell se rappelle ce que c’est d’avoir été une ado, parce que ça se sent à chaque ligne. L’impression de ne jamais en avoir assez, les battements de cœur qui résonnent jusque dans nos oreilles pour un truc aussi innocent que se caresser la paume de la main… C’est quelque chose qui me parle, encore maintenant.

Mais bien que la romance soit sympathique, c’est pas ça qui m’a vraiment scotchée. Hélas, dans un sens. Parce que ce livre a été une expérience aussi agréable que difficile pour moi : j’ai dû m’arrêter plus d’une fois parce que j’avais du mal à respirer, propulsée dans des souvenirs vachement moins fun que ma première relation amoureuse signifiante, qui hantent encore mes nuits les plus agitées.
Parce qu’une des forces de ce roman (si ce n’est la force), c’est le couple d’outcasts qu’elle met en scène. Park est le seul asiatique de son lycée, voire de sa ville. Issu d’une mère Coréenne et d’un père Américain, il est le seul à avoir hérité des gènes asiatiques qui le caractérisent : son petit frère le dépasse déjà d’une tête à treize ans, et il n’a hérité que d’yeux légèrement plissés là où Park est petit avec des cheveux noirs lisses, des yeux verts (???) bridés et une peau couleur de miel. Il se sent perdu dans l’héritage de ses origines, complexe sur son frère, sur son apparence fragile (malgré une pratique régulière du taekwondo) et a une relation difficile avec son père, qui est un pur produit de son époque et voit d’un mauvais œil tout ce qui « fait tapette ». Park fait tout pour passer inaperçu, il donne l’impression de s’en foutre mais sa vie entière est tournée autour de l’opinion que les autres pourraient avoir de lui, ergo il ne fait rien qui puisse lui donner l’air ridicule, même si ça lui fait terriblement envie.

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Si on ne pouvait même pas se sauver soi-même, est-ce qu’on valait la peine d’être sauvé ?

De l’autre côté, Eleanor est totalement indifférente à l’opinion d’autrui. Enfin, la plupart du temps, parce que moi aussi si je croisais mon crush alors que je suis en uniforme de sport, je souhaiterais mourir sur place. Elle s’habille n’importe comment, le plus large possible, s’accroche des tonnes de trucs aux poignets ou dans les cheveux, ses fringues proviennent de l’Armée du Salut, et elle s’en fout royalement. Elle a mille fois plus grave à penser. Eleanor vient de retrouver sa famille après un an d’absence… parce que Richie, l’a chassée de la maison à la suite d’une altercation. Elle rentre donc tous les soirs d’un lycée où on la harcèle pour retrouver une petite maison dans laquelle elle doit partager la chambre de ses quatre frères et sœurs, et où le but est de se faire le plus petit possible pour ne pas attirer l’attention de leur beau-père, un homme alcoolique et violent. Le repas du soir se prend à 16h30, la salle de bains n’a pas de porte et le simple fait de se laver devient une course contre la montre, les enfant restent à jouer dehors jusqu’après la tombée de la nuit pour ne pas énerver cet enfoiré, bref on a tout le joyeux quotidien d’une famille soumise à un homme abusif.

C’est ce vécu et cette différence entre eux qui va les attirer : Park admire la manière dont Eleanor s’affranchit de l’opinion d’autrui là où il en ressent toute la pression, Eleanor trouve surréaliste qu’une personne comme Park lui trouve de la valeur alors qu’il a une vie dont elle n’ose même pas rêver. Et si je peux être agacée par les incompréhensions mutuelles qui pourraient facilement être évitées par un peu de communication, je n’oublie pas qu’adolescente, j’étais loin d’être capable de me faire comprendre clairement alors pourquoi me montrer sévère avec les personnages de fiction qui ne font que se conduire comme les adolescents qu’ils sont ?

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J’ai été surprise par la fin, qui évite les (nombreux) écueils du genre et me convient donc parfaitement. Cela dit j’ai été étonnée que tant de personnes tergiversent sur les trois mots figurant au dos de la carte postale tellement il est évident que ce sont ceux qu’elle a refusé de prononcer tout au long du roman.

Y’a juste un truc qui m’énerve un chouilla et qui a aucun rapport avec le roman, davantage avec son public : j’ai fait des recherches pour trouver des fan-arts sympa, et je suis restée sur le cul devant le nombre de représentations qui gomment les kilos en trop d’Eleanor ou qui rajoutent des centimètres à Park. C’est justement parce qu’ils sortent des cadres de ce qui est considéré comme attirant qu’ils sont intéressants, nom d’un ourson névropathe.

eleanorpark

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