La Chouette, Livres

Hex Hall : la Malédiction du Roman Prévisible

Aaaaah, ça faisait un moment que j’avais pas craché sur un roman, non ? 

Et le livre dont je vais parler aujourd’hui, je l’ai lu il y a quelques mois déjà. Mais chaque fois que je voulais écrire dessus, je finissais par m’énerver et fermer mon traitement de texte tant j’avais de choses à dire dont aucune n’était positive. Je ne me rappelle même pas comment je me suis dit que ça pouvait être une bonne idée de le lire. Je déambulais dans ma médiathèque, j’ai reconnu le titre, que j’ai dû croiser accompagné d’une revue enthousiaste sur quelque blog ou profil Livraddict, et je me suis dit « pourquoi pas ? ». Alors je suis rentrée chez moi avec ce roman pour lequel je n’avais pas d’autre ambition que de meubler une ou deux journées oisives pendant mes congés.

Pour reprendre les mots d’un enfant plein de sagesse, je ne m’attendais à rien et je suis quand même déçue.

Hex Hall, donc. C’est une histoire originale, absolument jamais écrite, accrochez-vous : Sophie est une sorcière. Elle va dans un internat pour créatures magiques qui ont du mal à contrôler leurs pouvoirs. Elle devient copine avec la meuf pas populaire, et la némésis de la connasse de sa promo. Malgré son statut d’outsider, elle réussit à pécho le seul bowgowss de l’école. Le mec est plus que ce qu’il semblait être. Mais il s’avère que Sophie aussi.

Alors ? J’imagine que vous n’avez JAMAIS LU la moindre histoire qui ressemble à ça.

https://img.livraddict.com/covers/142/142710/couv20793975.jpg
Qui a dit « feu vert » au département couverture ?

Un petit point qui ne gêne apparemment que moi : cette couverture est hideuse. Vraiment. Elle ressemble à une version ratée des montages Photoshop que je faisais quand j’avais 17 ans. Et je venais à peine de me procurer le logiciel en question. Y a un côté amateur qui me tue, j’ai détesté La Sélection et j’y reviendrai peut-être un jour, critiquer ce roman est un peu mon Arlésienne perso, mais au moins je comprenais un peu pourquoi tout le monde trouvait la couverture sublime. Hex Hall n’a même pas ça pour lui.

Je vais donc commencer par les points forts, histoire de rendre justice au roman : l’écriture est simple, vraiment pas le genre de roman grâce auquel on va enrichir son vocabulaire, ergo le style est très fluide. Il n’est pas bon pour autant, juste très facile à lire, typiquement le genre de page turner qui ne te demandera JAMAIS la moindre sollicitation intellectuelle. C’est donc parfait si tu veux poser ton cerveau entre deux romans plus profonds genre le dernier Musso ou Marc Lévy.

Voilà, maintenant, je peux passer aux points faibles.

Outre le fait que le résumé soit un véritable festival de clichés mis bout à bout, il n’y a pas un poil d’originalité dans ces 288 pages. Par exemple, l’autrice écrit que ses vampires ont les yeux rouges quand ils ont soif et un pouvoir de télépathie, que les métamorphes ont les yeux dorés quand ils vont se transformer, et que les loup-garous peuvent communiquer mentalement avec les membres de leur meute. Rien que ça, je suis gavée. Les rares fois où l’autrice se dit que bon, une idée novatrice serait sympa, on se retrouve avec des néologismes nuls genre « Prodigium » ou des fées qui pleurent par les ailes. C’est un drôle d’endroit où planquer son canal lacrymal si vous voulez mon avis, mais soit.

L’objectif de notre centre est de protéger et d’instruire les jeunes fées, elfes, sorcières et sorciers, métamorphes qui ont pris le risque d’employer leurs facultés en public, mettant ainsi en péril toute la communauté des Prodigium.

Sophie (qui en fait s’appelle Sophia mais semble détester son prénom donc elle veut qu’on l’appelle Sophie, la différence est notable) est lente à la comprenette. C’est typiquement le genre de personnage qui passe son temps à remarquer des trucs étranges, mais quant à en parler à quelqu’un, ce qui pourrait nous éviter des pages de malentendus, sûrement pas. Donc soit Sophie est stupide, soit elle est totalement insensible à ce qui se passe autour d’elle. Je n’ai pas réussi à décider. On nous introduit plein de personnages qui ne serviront absolument à rien et qu’on ne reverra jamais (cinq pages expliquent les autres races, une fille qui se change en lion des montagnes genre trois fois et deux fées qui se baladent aléatoirement, hop c’est plié), les profs sont quasi-absents, ce qui est étrange compte tenu du fait que cette école est une sorte de centre pénitentiaire pour éléments dangereux. D’ailleurs le roman débute avec un loup-garou qui attaque Sophie, et le seul qui se fait engueuler parce que ohlala c’est le bazar ici, c’est le mec qui a utilisé la magie pour défendre l’héroïne. Est-ce que les tentatives de meurtres sont autorisées par le règlement de l’école ? Une chose est sûre, il n’y a visiblement pas d’inspection académique dans le monde magique. Tant qu’on parle de ça, en dehors du premier jour de classe, on oublie presque qu’on est dans une école. Aucun cours ne sera décrit, on n’a qu’une très vague idée de l’emploi du temps de la gourgandine qui nous sert d’héroïne, et tout le monde semble s’en foutre. En fait cet établissement ressemble un peu à mon lycée pendant les manifs du CPE. On nous explique rapidement qu’il y a un clan de chasseurs de créatures magiques, le grand méchant du livre donc, et personne ne semble avoir envisagé, à l’exception de l’héroïne, qu’un membre de l’ordre en question pourrait avoir infiltré l’école. La nana attrape le premier livre qui passe dans la bibliothèque et découvre, avec une facilité déconcertante pour qui a déjà dû chercher une information spécifique dans un pavé, que le clan pratique une manière de tuer qui correspond parfaitement à celle utilisée sur la fille dont on apprend la mort au début du livre. Pourquoi personne qui a passé plus de deux semaines dans le monde de la magie n’a pas remarqué ça puisque la noob de service en est capable ?
Arrivée à la moitié de la lecture, irritée par la qualité de ce que je lisais, je me suis connectée sur LA pour essayer de retrouver le nom de la gougnafière qui m’avait dit que ce truc était « une belle découverte » histoire de la lyncher, et quelle ne fut pas ma surprise : tout le monde semble avoir aimé ce livre. Est-ce que j’ai lu un livre différent sans m’en rendre compte ?

 

C’est très dur de ne pas faire le parallèle avec Harry Potter, et pour prouver mon point, un petit florilège de trucs qui m’ont fait lever les yeux au ciel tellement c’est cramé (et y en a plein d’autres) : les fantômes qui se baladent dans les couloirs de l’école, un garde-chasse qui vit dans une cabane dans le parc, la directrice qui a la gestuelle de Dumbledore en mode « speech de début d’année », l’interdiction d’entrer dans les bois, les sorts de protection aux alentours de l’école, une étudiante retrouvée morte dans les toilettes inondées, l’effet « oh non, ça a recommencé » typique de la Chambre des Secrets…

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Non mais ça va pas du tout…

Je comprends que des auteur.ices puissent s’inspirer de ce qu’a fait Rowling pour créer leur histoire, mais ici Rachel Hawkins s’est plantée dans les grandes largeurs en cherchant à tout prix à mettre en place un monde magique qui n’a aucune profondeur. Un.e auteur.rice écrit parce qu’iel a besoin de communiquer un message profond à son audience, quelque chose qui ne peut pas s’exprimer pleinement par le biais d’un petit discours. Rowling a exploré les thèmes de la mort, du pouvoir, de l’immortalité, de la loyauté, de la famille, de tant d’autres choses qui ont déjà été abordées avant, qui le seront également après, mais qui nous parlent, qui habitent ses personnages et leur donnent un but dans la vie, des valeurs qui les dirigent. Hex Hall ne possède rien de tout ça.

 

D’ailleurs quelque chose m’a beaucoup déplu : ici la magie n’est pas neutre. Je m’explique. Vous pouvez naître avec une bonne magie et tout roule pour vous, ou naître avec une mauvaise magie, auquel cas vous n’avez pas beaucoup d’options post-bac en dehors de Mage Noir. Sauf que la magie n’est pas sensée avoir d’alignement, elle est sensée être un outil, et c’est son utilisateur qui décide de la manière dont il compte l’utiliser. Je comprends l’opportunisme de Lucius Malfoy, la lâcheté de Pettigrow, le fanatisme de Bellatrix, c’est une vie de choix en accord avec leur caractère qui les a guidés sur la voie des ténèbres. Pas une sorte de répartition in vitro.

Mais que serait un roman rempli de tropes sans son love interest sombre et mystérieux ? Je vous présente donc Archer, dont le fait qu’il soit le seul garçon qu’on ait pris la peine de nommer au bout de cinquante pages n’indique pas du tout quel sera son rôle dans l’histoire. Sophie est attirée par Archer (dont on ne cesse de nous répéter à quel point il est trop beau et sombre et mystérieux tel le wannabe-sasuke) pour aucune raison compréhensible en dehors, probablement de sa gentillesse son intelligence sa beauté, son attitude de petit con qui cache un cœur tendre (j’attends encore), le fait que toutes les filles soient à fond sur lui, ou encore mieux, qu’il est déjà en couple (mais avec une fille qui ne le mérite évidemment pas) et représente donc un challenge.  Il lui suffit donc de trois ou quatre dialogues pour que la gourgandine se dise que, oui, elle pourrait tomber amoureuse de lui. Comme si quelqu’un en doutait encore.
C’est toujours la même routine avec ce genre de livres, je comprends pas pourquoi ça n’a l’air d’agacer que moi. Parce qu’évidemment, on sent qu’un triangle amoureux va se mettre en place dans le tome 2 avec le Hagrid du pauvre, et ce n’est ni original, ni intéressant étant donné que les personnages ont tous la consistance d’une feuille de papier crépon.

L’héroïne n’est pas la pire que j’ai eu à subir, je le reconnais. Mais elle est loin d’être mémorable et encore moins susceptible de survivre à la sélection naturelle. On lui dit SPÉCIFIQUEMENT que les fantômes ne peuvent pas interagir avec les étudiants, mais quand elle est suivie par un fantôme qui lui fait coucou, lui parle et la TOUCHE, est-ce qu’elle :
a- En parle à un prof ?
b- En parle à sa meilleure amie ?
c- Suit ce fantôme dans les bois interdits au milieu de la nuit ?
Si vous avez choisi l’option c, vous êtes probablement Sophie et vous ne méritez pas de survivre.

Reading, Writing and Waiting: Double Take Covers: Demon ...
Sérieusement…

De toutes manières, tous les personnages sont soit des marionnettes prétentieuses, soit des figures creuses dépourvues de profondeur et d’intérêt, dont le seul rôle est d’être des personnages fonction. Ils sont juste… là. Je reviens sur Harry Potter, mais parfois je me demandais à quoi pouvait ressembler la vie scolaire des élèves des autres maisons ; ici rien de tel n’arrivera jamais, déjà parce que la plupart d’entre eux n’a pas de prénom, mais aussi parce que l’autrice a tout fait pour qu’on n’en ait rien à foutre.
D’ailleurs, Sophie est véritablement obsédée par Elodie, la méchante copine d’Archer. C’était insupportable à lire, à ce point. C’est une chose de détester quelqu’un parce qu’il te cause du tort, mais Sophie la déteste littéralement parce qu’elle est belle, en tout cas c’est l’impression que ça donne vu qu’elle ne peut littéralement pas penser à Elodie sans rappeler que « han et voilà Georgette*, Cunégonde* et Elodie qui avancent vers moi et ô surprise, elles ont l’air canon alors qu’elles portent des uniformes de gym moches, que c’est étonnant« . Mais ma pauvre fille, tu projettes à ce point ton insécurité sur ces meufs que c’en est juste gênant. Dans un extrait, on nous dit que Sophie découvre qu’en fait, ces filles ne sont pas belles mais qu’elles ont lancé un sort qui fait que tu veux qu’elles soient belles. Bon, à mon sens, c’est un gâchis de capacité, autant lancer un sort pour être belle tout court à ce prix-là, mais en plus, elle découvre que ugh, horreur des horreurs, Elodie a les yeux beaucoup trop rapprochés l’un de l’autre et la mâchoire un peu trop avancée. MAIS QUELLE MONSTRUOSITÉ PHYSIQUE.

* les noms ont peut-être été changés

L’histoire en elle-même est prévisible tout du long, je refuse de croire que quelqu’un puisse être réellement surpris par ce qui se passe dans ce « plot twist » du pauvre. L’histoire n’avait pas assez de matière pour se permettre de se la jouer « EN FAIT C’ÉTAIT XXX DEPUIS LE DÉBUT », parce qu’avec genre six personnages nommés, c’est même plus du niveau d’une partie de Cluedo. Même le rythme du livre est chaotique, la trajectoire de l’intrigue est tractée comme un manège de fête foraine, ça n’a rien de gracieux. Le récit se coupe parfois en des moments qui sont (ENFIN) intéressants pour l’intrigue et boum, ellipse d’une semaine avec Sophie qui se lamente que Archer est trop beau et Elodie trop méchante. Au secouuuurs.

Je finirai donc sur un point qui me chagrine toujours : la fin est malhonnête.
Il ne se passe rien dans ce roman, puis soudain, wow, de l’action, trop bien, on dévore les quinze dernières pages et… ah, ben c’est fini. J’ai eu l’impression que la fin a été coupée à la guillotine spécialement pour que le cliffhanger putassier fasse vendre le tome 2. Et je trouve ça profondément malhonnête. Je me suis fait avoir en plus, j’ai entamé le tome 2 le lendemain, en me disant que c’était peut-être un tome d’introduction très mou, ça existe les séries dont le premier tome est pas glorieux et qui s’améliorent par la suite… MAIS NON. Le roman est construit sur le même schéma que le premier : il ne se passe rien et on nous rebat les oreilles de personnages creux et inutiles et d’éléments de scénario prévisibles depuis le premier chapitre jusqu’aux dernières pages, on prend limite conscience du moment où l’autrice se rappelle qu’elle doit donner envie d’acheter son prochain livre, j’ai rarement été aussi consciente des velléités mercantiles d’un écrivain.

Je me console en me disant qu’au moins, j’ai pas payé pour ce torchon.

4 réflexions au sujet de “Hex Hall : la Malédiction du Roman Prévisible”

  1. Je trouve ça terriblement dommage d’écrire un livre et de ne pas creuser à ce point le scénario, les personnages et l’univers. On peut faire un récit simple, un page turner un tant soit peu agréable à lire, mais apparemment cela ne semble pas le cas de ce roman :/

    Aimé par 2 personnes

  2. Plus ça va et plus je comprends un peu pourquoi on en arrive là. La plupart des gens aiment les récits comme ça, même si c’est clichés, car ça les rassurent. Les écrivains s’adaptent à la demande, pour être sûr d’avoir un public. Si ça se trouve, ils n’aiment pas ce qu’ils écrivent et c’est encore pire d’imaginer ça sous cet angle. On m’a parfois dis que mon écriture était « molle » car je n’allais pas à ‘l’essentiel » des-suite, que je prenais le temps de poser les personnages et l’univers. Je pense qu’il y à la fois une injonction sur les écrivains et une habitude prise par la plupart des lecteurs qui provoque cette inertie…

    Aimé par 1 personne

  3. Intriguée par votre colère (si si on la ressent) je me suis vue dévorer (non pas ce livre mais) vos mots en un instant. Je ne connais pas ce livre qui d’ailleurs ne m’inspire absolument pas, il me fait penser (à vous lire) aux téléfilms que Tf1 et M6 passent en boucle où dès les premières minutes vous savez que Pierre va aimer Paul mais que Jacques en crèvera de jalousie et fera tout pour leur mener la vie dure. Toute chose est-il, si tant est que ce roman soit si ****** (je n’ai pas les mots) je suis ravie d’avoir pu vous découvrir et ne manquerai pas de vous suivre désormais. Sur ce, excellente journée (fin de journée on va dire) et vivement la prochaine critique.

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