La Chouette, Livres

Alice in Borderland : le Survival par excellence

Comme tout le monde, je me retrouve avec moult temps libre pour cause de covid mais aussi d’ablation d’organe. Ce qui pique un peu, on va pas se le cacher.

Du coup, j’ai beaucoup lu ces derniers temps. C’est fou parce que j’ai lu plein de trucs bien depuis le début de l’année, mais quand il s’agit d’en parler, il semblerait que je sois dans l’incapacité d’en dire deux-trois mots, il faut forcément que je propose un pavé d’une cinquantaine de lignes. Ce qui prend un temps conséquent, temps que je mets à profit pas plus tard que tout de suite. Je t’ai proposé dernièrement un énorme pavé de fantasy féministe, mais t’as peut-être pas envie de te fader quasi-mille pages, et je peux le comprendre. C’est donc pour varier les plaisirs que je te propose aujourd’hui mon nouveau manga favori forever and after (avec Gantz et Battle Royale, j’en démordrai pas) : Alice in Borderland.

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J’aime beaucoup les mangas de survie, et le genre ne me le rend pas forcément bien. Il y a pas mal de mangas de ce type qui ont tendance à se casser la gueule dans leur narration, trop occupés qu’ils sont à empiler les clichés et les retournements prévisibles. Mais quand c’est bien fait, que c’est beau. Evidemment, il ne faut pas être rebuté.e par les flots de sang, la violence et la surenchère, mais ce genre de sujet propose très souvent une réflexion intéressante sur la valeur qu’on accorde à la vie (Suicide Island est un excellent exemple du genre, malgré un titre qui a l’air morbide à souhait), sans oublier que je ne trouve rien de plus fascinant qu’une observation minutieuse du moment où le vernis de civilisation de l’humanité craque salement.
Mais le souci, c’est que pour une pépite, il y a cinq mangas interchangeables (JudgeDoubtKing’s GameDarwin Game, sérieux les gars faites un effort j’arrive jamais à me rappeler lequel est quoi) qui n’arrivent à rien d’autre qu’une histoire « gentillette » (compte tenu du sujet, je veux dire).

Et puis il y a Alice in Borderland.

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Lu sur les conseils avisés et pas du tout insistants d’une personne que j’estime beaucoup, le premier tome a été suivi par les dix-sept autres en moins de temps qu’il n’en faut pour dire coronavirus. Je n’ai pas été happée, je me suis vautrée la tête la première dans le monde complètement pété du jeu, qui n’a de commun avec le roman de Carroll que le nom de ses personnages et un kink sur les cartes et les reines de cœur.
Ici, on parle d’une oeuvre qui peut se vanter de posséder une évolution de l’histoire très satisfaisante, un world-building original et surtout, des personnages qui ont un véritable développement. Pourtant le pitch de base n’est pas spécifiquement unique ; on suit trois ados qui se retrouvent projetés dans un monde désolé et doivent jouer à une série de jeux pour rester en vie le plus longtemps possible. Rien qui ne rappelle pas deux ou trois autres œuvres du même genre à qui apprécie le survival, et le piège majeur de cette saga, c’est qu’il lui faut trois tomes pour dévoiler au lecteur patient la richesse de son potentiel, mais j’étais déjà séduite par le niveau de perversité des jeux. Chaque fois plus sadiques, chaque fois plus difficiles, les jeux sont variés : leur niveau de difficulté et leur catégorie sont dévoilés par des cartes (pique pour les épreuves physiques, carreau pour les épreuves de logique, trèfle pour les épreuves équilibrées et cœur pour les épreuves psychologiques… et ce soit de loin les pires). L’inventivité des jeux fait partie intégrante de ce qui m’a soufflée, depuis le jeu de poker avec une corde au cou jusqu’à la chasse à la sorcière dans un hôtel bondé en proie à l’hystérie collective (mention spéciale pour le tunnel de 2km, j’ai mis une heure à m’en remettre).Le mangaka sait où il va, et il ouvre petit à petit la compréhension de son monde au lecteur en l’y guidant par le biais de personnages très intéressants. Si on entame l’aventure en compagnie des typiques lycéens japonais, on découvre très rapidement un nombre respectable de participants avec des backgrounds et personnalités très variés (on trouve même une femme trans, wow, je m’y attendais pas). Ici pas de personnage fonction dont la mort ne nous touche pas, chaque personne rencontrée a une identité propre. C’est pas tous les mangas qui proposent ça.

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Les jeux sont variés, faciles à comprendre et tellement bien dessinés : phases d’action ou de challenge psychologique, y’a pas une ambiance que le trait du mangaka n’arrive pas à retranscrire. La tension est palpable tout du long, et j’ai trouvé qu’il y avait une certaine pudeur dans la manière dont les scènes-choc étaient montées. Mais ce n’est pas parce que le manga ne vous balance pas des geysers de sang qu’il n’est pas d’une grande violence. Les personnages prennent super cher sur le plan mental, on les voit se briser sous nos yeux et ça ne saigne peut-être pas mais c’est d’autant plus douloureux à regarder qu’aucun personnage n’est à l’abri. Les jeux ne peuvent pas être gagnés au dernier moment par un deus ex machina tout pété, les personnages ne découvrent pas en eux la force de balancer un ultime hadoken, et les morts. Restent. Morts.

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Mais ce manga propose quelque chose de plus qu’un (excellent) manga de survie. Il propose une quantité non-négligeable de contemplations et conversations philosophiques, pas dans le but de donner à l’histoire l’impression d’être plus profonde qu’elle ne l’est, mais comme une sorte de pilier sur lequel le personnage va s’appuyer afin de se développer, de mûrir et d’avancer. Comme on passe notre temps sous la tension des épreuves, les rares moments où les personnages se détendent sont d’autant plus rafraîchissants qu’on a réellement eu peur pour eux tout au long des chapitres. Même dans le camp des bad guys on évite les pures caricatures de psychopathe lvl.max : on comprend leurs motivations, et la plupart d’entre eux provoquent ce délicieux sentiment d’ambivalence qui fait qu’au final, on peut pas les détester totalement.

Je pourrais m’étaler en long large et travers sur les qualités de ce manga (on me souffle dans l’oreillette que c’est déjà le cas), mais le mieux, ça reste encore de lui donner sa chance et de le lire. D’ailleurs si l’expérience te tente, j’ai mis les cinq premiers tomes à disposition ici.

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