La Chouette, Livres

Le Prieuré de l’Oranger : magie, dragons et meufs badass.

HELLO ICI !

Ça alors, c’est fou toute la poussière qui peut se déposer sur un blog quand on l’abandonne pendant des mois…

Mais là, j’ai la meilleure excuse du monde : une santé en carton qui a commencé à se faire la malle en début Octobre. De manière concrète, ça a été une succession de séjours à l’hôpital, deux opérations dont une qui s’est super mal passée et l’autre qui m’a laissée en mode zombie pendant un moment, et un traitement médicamenteux lourd qui m’a beaucoup fait dormir. Et c’est pas totalement fini, je me prépare à subir un troisième round d’ici un mois, mais l’essentiel semble être derrière moi. Et ça, c’est beau.

Du coup tu te doutes que convalescence + confinement = plein de lectures. Et je sais pas, j’ai dans l’idée que te proposer deux-trois titres à te mettre sous la dent pourrait bien meubler tes journées oisives maintenant que t’as découvert que le temps libre n’a plus aucun attrait quand il est imposé. Donc aujourd’hui, c’est ti-par, je te propose Le Prieuré de l’Oranger.

Le Prieuré de l’Oranger, la grosse brique offerte par mon être humain favori de la Terre entière pour Noël. Je me rappelle quand il a déposé le livre emballé devant moi : vu que tous les autres titres que j’ai inclus dans ma wishlist étaient de petits romans, j’ai pas eu besoin de déchirer le papier pour savoir ce que j’avais sous les yeux. J’ai admiré la couverture, coincé mon nez dans les pages, et je me suis fait la réflexion que bordel, ça sent tellement bon un livre neuf il a intérêt à être bien ce roman parce que je pourrai jamais le vendre ni le jeter en boîte à livre étant donné qu’il m’a été offert par quelqu’un que je chéris tant. Ce petit mastodonte est un one-shot, il se lit tout seul même si c’est pas à exclure que l’autrice décide de retourner faire un tour dans ce monde pour en exploiter une autre facette.

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J’ai aimé le Prieuré de l’Oranger, beaucoup aimé. Il va rester dans ma bibliothèque, c’est une certitude. Mais il est pas parfait, loin de là. Je m’apprête à écrire des trucs difficiles parce que ce roman a plein de qualités qui touchent mon petit cœur de bisounours militante pour un monde plus juste, mais qu’il a aussi des points noirs qui échouent à en faire un chef-d’oeuvre.

Si t’es passé.e à côté du bruit que ça a fait à sa sortie, voilà le pitch viteuf :

Le Sans-Nom est un dragon maléfique qui a failli anéantir la race humaine lors de ce qu’on appelle le Chagrin des Siècles. Après sa défaite, un millénaire s’écoule dans la paix relative : à l’Est, on vénère les dragons aquatiques qui ont défendu l’Humanité lors de l’affrontement, et on applique un embargo maritime très strict pour éviter à quiconque de propager la Peste Draconique. À l’Ouest, au contraire, on les abhorre et une religion s’est fondée autour de Galian Berethnet, l’homme qui aurait terrassé le Sans-Nom avant d’épouser une belle princesse et d’engendrer une lignée de femmes qui se ressemblent toutes étrangement et règnent sur le reinaume d’Ynis. Il est dit que tant qu’une Berethnet sera sur le trône, le Sans-Nom ne pourra revenir. Sauf que, manque de bol, tous les signes de l’avènement du Sans-Nom sont là, et encore une fois, l’humanité semble trop occupée à se foutre sur la gueule pour réaliser la menace qui fond sur elle. Dans le Sud, un ordre secret de femmes appelé le Prieuré vénère la Mère : ce culte est le seul à détenir la vérité quant aux circonstances de la disparition du Sans-Nom, mais aussi à savoir comment l’arrêter définitivement.

Le livre possède cet effet magique qui fait que tu lorsque tu le délaisses pour gérer tes activités quotidiennes, tu n’as qu’une envie : retourner lire la suite. Il m’a collé une book hangover, c’est probablement normal quand on s’investit dans un roman aussi gros mais j’étais partante pour trois cent pages de plus. J’ai sincèrement adoré de voir le monde servir de terrain de bataille aux descendantes des trois arbres sacrés que sont l’Aubépine, l’Oranger et le Mûrier. La couverture est superbe. Vraiment superbe, j’aime tout. Les couleurs, la brillance des écailles du dragon, la police d’écriture, tout est beau. Le livre est vraiment épais, j’ai mis beaucoup de temps à le lire non en raison de son nombre de pages mais parce qu’entre les trajets en extérieur et les problèmes de santé, ce livre était juste TROP gros pour être ouvert. Une fois que je me suis procuré une version Kobo, les choses ont pu avancer. Je trouve ça d’autant plus étrange que le livre ne fait que 950~ pages, là où La Maison Dans Laquelle est moins épais pour le même nombre de pages. Bref, la maison d’édition a opté pour un format un peu bizarre et pas super pratique.

Le gros point yay du roman : le féminisme et la représentation. C’est comme ça que devrait être fait tout roman, en fait. Si on suit essentiellement des femmes (Niclays et Loth sont des exceptions plus que des règles), l’histoire nous plonge dans un monde entier de parité. Pas un royaume qui rompt avec les traditions en élevant les femmes au même rang que les hommes, hein. Un monde ENTIER où les femmes sont aussi souvent représentées et considérées comme tout aussi capables dans leurs rôles que les hommes, dans tous. Les corps. De métiers. Qu’on regarde dans les ordres religieux, les hautes sphères du pouvoir, la piraterie ou les métiers manuels, les femmes et les hommes sont représentés, personne ne songe à leur balancer que leur genre est une source d’incompétence ou que les hommes doivent faire des boulots d’hommes (genre y’a des brodeurs, dans le roman, alors que la couture, tout le monde sait que c’est un truc de meuf ou de gay, hein), et en plus on n’en fait pas des caisses. Bah ouais, le plus dangereux des Pirates du monde est une meuf, et tout le monde s’en bat l’œil avec une patte de gnou. La moitié de la garde royale est composée de femmes, et personne n’y fait attention. La reine entretient une relation amoureuse avec une femme, et… bon, forcément ça arrange personne qu’elles se marient parce qu’il faut bien refiler la couronne à un rejeton, mais en dehors de ce petit problème de succession, elles ont la POSSIBILITÉ de le faire sans que ce soit choquant. Les personnages à la peau noire abondent sans que personne ne parle de race… C’est tellement reposant, même si je suis quand même intriguée sur un point qui peut potentiellement spoiler et qui est disponible ici (Galian s’approprie les faits d’armes héroïques de Cléolind, fonde une religion qui LE glorifie, avec un langage affilié qui sent bon les codes de la chevalerie médiévale, bref des trucs quand même très ancrés dans le schéma patriarcal auquel on est habitué et qui font pas sens. Okay il s’est passé mille ans entre la création de la religion et le règne de Sabran, mais j’ai du mal à comprendre comment on en est arrivés là.)

Le monde est riche, et on sent qu’il a du vécu, que de nombreuses choses s’y sont passées au fil des siècles. C’est probablement parce qu’on sent ce potentiel qu’il peut être frustrant d’en savoir si peu, parfois (comme le royaume d’Yscalin, j’ai plein de questions mais j’aurai probablement jamais de réponses..). Les personnages cherchent à suivre le chemin de leurs ancêtres, on sent le poids des traditions, des valeurs et de la filiation chez presque chaque personnage que l’on croise, et ça c’est un signe de qualité à mes yeux. Samantha Shannon pourrait écrire tout une saga dans le monde qu’elle nous propose de découvrir en un peu moins de mille pages, il y a donc de quoi se sentir frustré par tout ce qu’on laisse volontairement dans le flou. L’écriture est accessible, Le style se lit tout seul, l’action est fluide. Plus on avance dans le livre plus il est facile de retenir les différents royaumes, leurs religions, leurs noms chelous et les types de créatures qu’il est normal ou non de croiser là-bas, faut juste s’accrocher un peu (d’ailleurs le glossaire est à la fin du livre, je m’attendais à ce qu’il soit au début, ce qui m’aurait pas mal aidée quand j’ai entamé ma lecture…). Malgré tout, je déplore que certains passages soient un peu confus, et comme rien ne vaut un exemple, que j’ai édité pour qu’il soit spoiler free : Un personnage A est au chevet de son bien-aimé qu’on appellera B, qui s’est pris une blessure au visage qu’on vient de recoudre. Un personnage C arrive, fait un câlin au personnage A et dit « C’est fini. Il est mort ». J’ai dû relire le passage trois fois pour être sûre que A ne parlait pas de B, dont on vient pourtant nous dire qu’il est couché inanimé, blessé au visage. C’est D, un autre personnage, qui est mort. Pourquoi ne pas utiliser un nom propre, pour clarifier la scène ? C’est pourtant pas compliqué, nom d’une pipe à crack.

Niveau protagonistes, si j’étais au départ peu convaincue par Sabran, elle est maintenant un de mes personnages favoris. Elle est arrogante, froide et prétentieuse, comme beaucoup de monarques, m’est avis, mais j’adore les gens qui semblent faits de marbre sauf qu’en fait non, c’est une façade pour cacher qu’ils sont plein de mousse à l’intérieur. J’y peux rien, ça me fait fondre, et Sabran ne fait pas exception. Ead m’a tout de suite tapé dans l’oeil, donc forcément j’étais cliente pour leur romance. Ce qui est étrange, parce que je suis pas vraiment fan de romance, qu’elles soient hétéro ou queer, sauf si tout le monde meurt à la fin. Le livre s’en sort bien. Ead est évidemment celle qui porte la romance dans l’histoire, une romance lesbienne vraiment chouette, un truc rare dans la fantasy. C’est explicite, on évite la fétichisation des relations entre femmes, on nous donne une relation amoureuse bien écrite entre deux femmes complexes et bien développées dans l’histoire. I want more of this, please. Si je me suis totalement investie dans les personnes de Ead, Sabran et même de Loth alors qu’il est quand même assez lisse, j’ai été assez peu intéressée par Tané, et ça par contre je comprends pas. Cette meuf chevauche des motherfucking dragons, elle ÉTAIT sensée être mon gros crush du livre, et j’ai juste manifesté à son égard un intérêt poli et distant qui me frustre quelque peu, bien qu’elle remonte un peu en grâce sur la dernière partie du roman. Au niveau de l’évolution des personnages, la palme va à Niclays, qui se laisse carrément vivoter depuis le décès de l’homme de sa vie, tout pétri de regrets et d’amertume, mais à la fin du roman, j’ai trouvé son revirement soudain… bah, beaucoup trop soudain. J’ai pas été convaincue par ses explications, et ça m’embête un peu. Encore un petit point qui me chiffonne et douche un peu mon enthousiasme : le Livre tombe très souvent dans la dichotomie bas du front bien/mal, ce qui me déplaît beaucoup. J’ai qu’à penser à un personnage pour pouvoir facilement le ranger dans une case. Tané ? Gentille. Sabran ? Gentille. Loth ? Gentil. Feùdel ? Méchant. L’Impératrice Dorée ? Méchante. C’est ce que j’aime tant avec des romans fantasy comme le Trône de Fer ou L’Assassin Royal, et qui échoue ici avec force : c’est autrement plus difficile de ranger dans une petite case des personnages comme Jaime Lannister ou Umbre Tombétoile.

Ce roman risque de décevoir les gens qui sont habitués à la fantasy épique avec un milliard de personnages et d’intrigues complexes, parce qu’il est trop simple, et de décevoir les lecteurs de fantasy YA parce que ça parle beaucoup plus de politique que de dragons et de magie… Personnellement j’ai navigué plutôt tranquillement entre les deux écueils, et j’ai découvert un vrai petit bijou de la fantasy qui réussit à se détacher de certains de ses clichés les plus pompeux. Il était temps. L’histoire est beaucoup plus axée sur l’unification d’empires inconciliables depuis un millénaire que sur un réel affrontement avec le Sans-Nom et son armée. Alors oui, sur la fin, y’a du combat, des dragons partout et tout, mais non seulement l’autrice n’excelle pas vraiment là-dedans, mais en plus… bah ça tourne court. D’ailleurs, Le Prieuré de l’Oranger possède un rythme assez étrange : parfois il ne se passe rien du tout et parfois il s’en passe trop. Si je n’ai aucun mal avec le fait qu’un roman prenne son temps pour dire ce qu’il a à dire, j’ai un peu plus de difficulté avec les phases d’action tellement rushées qu’on se retrouve limite un peu sonné, avec l’impression frustrante que toutes nos questions n’ont pas eu de réponse.
J’aurais également aimé -mais ça reste personnel- un peu plus de morts. On découvre de plus en plus de noms, de plus en plus de relations sont faites au fil des pages, pour qu’au final, malgré une grande scène de combat, il n’y ait réellement qu’un ou deux morts à déplorer.

Après avoir zoné sur les avis des gens qui ont détesté ce que j’ai aimé(because that’s what I do), j’ai découvert que beaucoup de personnes avaient été frustées par le roman parce qu’il ne propose pas assez de fantasy et trop de politique. Alors certes, les dragons sont souvent mentionnés mais rarement en action, mais on croise quand même une sorcière millénaire, des créatures magiques, un arbre qui donne des pouvoirs magiques, un dragon géant qui défonce une partie du palais, une épée légendaire perdue, des joyaux magiques… mais il vous faut quoi d’autre, là ? D’ailleurs, comme j’en parlais plus haut, je trouvais que la scène finale d’affrontement était rushée, et après un peu de recherches j’ai trouvé que l’autrice a déclaré sur Twitter que ses éditeurs avaient décidé d’écourter la scène… parce que le livre aurait dépassé les mille pages et donc perdu des chances de bien se vendre. Difficile d’en vouloir à l’autrice, du coup, j’en veux davantage au système d’édition qui pense en priorité à la capitalisation et ensuite seulement à l’équilibre de l’histoire qu’ils vendent.

Voilà… y’a plein de choses à dire dessus, et j’ai essayé de faire court, j’ai dû renoncer à parler de certaines choses, autant dire que donner un avis un peu construit sur un roman aussi riche est un exercice super compliqué. J’espère que quelqu’un me lira jusqu’au bout sans perdre courage parce que ce roman vaut le temps qu’on y investit, malgré ses points faibles.

Maintenant que j’ai fini mon pavé, je retourne à des formats plus courts avec Circé, de Madeline Miller, et Et Quelquefois, j’ai comme une Grande Idée, de Ken Kesey. Qui fait 894 pages. Je m’auto-fatigue tellement…

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1 réflexion au sujet de “Le Prieuré de l’Oranger : magie, dragons et meufs badass.”

  1. ah mais je suis fort d’accord dis donc ! Déjà la représentation, hourra. Et puis le manichéisme bien/mal là, pourtant ça partait pas si mal maiiiiiiis non. C’est fort dommage parce que ça aurait été encore un plus pour le roman. Donc bref, je râle mais moi aussi j’ai beaucoup aimé !
    Kin

    Aimé par 1 personne

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