La Chouette, Livres

The Promised Neverland, mon nouveau manga préféré

Depuis le début de l’année, je n’ai lu que des romans.

En fait, j’avais fait une pause dans tout ce qui était manga, la faute à un certain ras-le-bol : shōnen comme shōjo sont tellement codifiés qu’on finit par avoir du mal à être surpris.

L’an dernier, malgré une lecture régulière, les deux seules sagas que j’ai appréciées et retenues comme vraiment originales sont Kasane, dont je te parlais déjà ici, et Gantz, un seinen ultra-violent dans la lignée de Battle Royale, et qui n’est pas à proprement parler “récent”. Mais j’ai décidé de m’y remettre, et après deux mangas qui ne valent pas vraiment la peine d’être mentionnés, j’ai commencé à lire The Promised Neverland. Dont j’ai avalé les dix tomes à la suite (merci les scans), en laissant tout le reste de côté, dans une véritable boulimie qui ne s’arrêtera qu’après avoir consommé la dernière miette d’histoire disponible. Et c’est un tour de force quand on pense que c’est le premier manga de Kaiu Shirai et de la dessinatrice Posuka Demizu.

Si tu te tiens au courant de l’actualité manga, je suis désolée pour toi tu n’apprendras probablement rien, mais si tu ne l’es pas : ce manga a énormément fait parler de lui. Je regarde un certain nombre de chaînes youtube dédiées à la découverte de nouvelles licences, et avec le passage à la nouvelle année, tous ces youtubeurs avaient classé The Promised Neverland dans leur liste de ces mangas à découvrir absolument, voire comme le meilleur manga de l’année (bien que découvert en 2016 au Japon, le premier tome est sorti en France en mai 2018, et la série animée a été diffusée le mois dernier). C’est donc un manga très récent que je te propose de découvrir, et vu son succès au Japon avec plus de 3 millions d’exemplaires vendus, c’était plutôt logique qu’il marche ici aussi, dans le second plus gros pays consommateur de mangas au monde.

meyceykwa

The Promised Neverland se déroule dans un orphelinat, où résident des enfants d’un âge compris entre le nourrisson et l’orée de l’adolescence, et ils ne le quittent pas avant d’être adoptés ou d’avoir atteint l’âge de douze ans. Ray, Norman et Emma, âgés de onze ans, sont les trois héros de l’histoire, et on les suit au quotidien dans cet orphelinat qu’ils considèrent comme leur véritable foyer. Doués d’une intelligence peu commune, les trois amis se complètent les uns les autres, et aident la directrice de l’orphelinat, que tout le monde appelle Maman, à s’occuper des enfants en bas âge, entre examens scolaires et parties de jeu du loup dans les bois qui bordent leur maison. C’est un tableau idyllique, mais un lecteur attentif commencera à se poser quelques questions : comment une seule personne peut-elle s’occuper avec tant d’efficacité d’un peu moins de quarante enfants? Pourquoi les orphelins arborent-ils tous un numéro tatoué dans le cou ? Qu’y-a-t-il de l’autre côté du mur qui entoure la forêt de l’orphelinat ? Où vont les enfants une fois atteint l’âge de douze ans ?
Comme tu t’en doutes, l’histoire ne reste pas belle bien longtemps, et lorsque, par hasard, Ray, Emma et Norman découvrent la vérité sur l’orphelinat et la femme qui le dirige, leur univers en est totalement retourné. Désormais, tout en donnant l’impression d’être dans l’ignorance, ils doivent trouver un plan, le plus rapidement possible, pour s’enfuir de l’orphelinat en emmenant toute leur famille.

Image associée

Laisse-moi te le dire noir sur blanc : ce n’est pas un manga pour les enfants. Ne te laisse pas abuser par les très jolies couvertures ou par les visages de bébés ou d’enfants en bas âge qui sourient toutes les deux cases : TPN joue sur cette imagerie douce pour faire monter l’angoisse dans le cœur de ses protagonistes ainsi que de ses lecteurs. C’est toujours une recette à laquelle je suis sensible, il n’y a rien de mieux pour créer un sentiment de malaise et d’oppression que de prendre un cadre et des codes rassurants et d’y distiller juste ce qu’il faut de détails étranges ou de regards appuyés pour que ça bascule de l’autre côté. Et le scénario comportera bien assez de scènes malaisantes pour te faire prendre conscience que, définitivement, ton cousin de 10 ans fan de One Piece est peut-être encore un peu trop jeune pour lire The Promised Neverland.

Il y a des chances que tu sois choqué.e non seulement par le twist qui nous fait réaliser la vérité sur le monde dans lequel vivent les enfants, mais aussi par le fait que celui-ci arrive assez tôt dans l’histoire, au bout d’une trentaine de pages. Ici, pas de tome introductif dans lequel il ne se passe pas grand-chose juste pour que tu sois capable de te rappeler des prénoms et des fonctions de tout le monde, d’autant que dans un orphelinat rempli par 38 enfants, autant te dire qu’il y en a à peine une dizaine qui ont la chance d’être baptisés. On entre directement dans la grande révélation, et le reste du tome nous montre de nombreuses tranches de vie que, comme les personnages, on n’est plus capable d’apprécier sereinement : pendant que les héros simulent une parfaite ignorance de ce qui les entoure, ils réfléchissent le plus vite possible pour comprendre l’étendue de ce qu’ils ont découvert et ce que ça implique, et pendant qu’on note les premiers changements visibles qui font doucement glisser le récit dans l’horreur, on comprend que l’arme des personnages ne sera pas magique ou liée à des techniques secrètes, mais bel et bien la réflexion, la stratégie et l’inventivité, ce qui m’enthousiasme beaucoup.

L’une des grandes forces de ce manga pour en arriver à ce résultat, à mon sens, c’est le dessin : bien qu’il ne plaise pas à tout le monde, je le trouve efficace, en particulier sur son habileté à faire glisser les expressions d’une chaleur sincère à une angoisse glaçante en une case. Certains visages, en particulier celui de Sister Krone, sont déformés par moment pour accentuer le côté horrifique, même si je conçois que ça puisse gêner les amateur.ice.s de beaux dessins du type Death Note. La dessinatrice a l’intelligence d’intégrer de petits détails dans ses cases, qu’on ne remarque pas au premier abord pour mieux nous sauter au visage un ou deux chapitres plus tard. C’est le genre de manga qu’on feuillette plusieurs fois en arrière pour retourner voir les détails qu’on avait manqués ou constater qu’un personnage a changé de comportement sans même qu’on s’en rende compte…

Les personnages de The Promised Neverland m’ont beaucoup plu, à commencer par les trente-cinq frères et sœurs de nos héros : Posuka Demizu excelle dans l’art de dessiner des bouilles trognonnes, du coup on s’y attache sans même avoir à les connaître, ce qui est très bien vu, et qui nous fait comprendre l’entêtement d’Emma à vouloir sauver tout le monde. À titre personnel, j’ai eu un coup de cœur massif pour Phil, un gamin de quatre ans qu’on voit régulièrement, et qui semble avoir oublié d’être bête.
J’apprécie aussi que le trio de base soit équilibré : bien qu’ils soient tous les trois très intelligents, ils disposent de traits de caractères assez complémentaires et seront amenés à évoluer d’une manière intéressante au fil des tomes. Emma, qui est de loin la plus athlétique du trio, est d’une grande pureté, ce qui veut également dire qu’elle est d’une naïveté affligeante à la Naruto, et que sa famille reste la priorité, ergo elle refuse qu’on laisse qui que ce soit en arrière. À l’inverse, Ray, qui est le personnage le plus renfermé et secret du trio, est d’un pragmatisme à la limite de l’insensibilité, et privilégiera toujours le plan dans lequel le trio passe en premier, et tant pis pour les autres. Norman, qui sert de tampon entre les deux, est très protecteur et met toujours son intérêt personnel entre parenthèses pour rassurer ou soutenir sa fratrie. C’est parallèlement le plus intelligent des trois, à un point que personne, pas même Maman, ne peut appréhender.
The promised neverland,emma,mamanEn parlant de Maman, elle est d’ailleurs un de mes personnages favoris, du fait de son ambivalence tout au long de l’histoire, et de cette capacité qu’elle a de passer sans transition du sourire bienveillant au regard flippant. Pour autant, on peut se poser des questions sur ses motivations : pourquoi ne pas supprimer la menace au lieu de se lancer dans ce véritable jeu d’échecs qu’elle engage avec les enfants? Après tout, c’est elle qui les a élevés, et qui leur a donné les armes avec lesquelles ils l’affrontent aujourd’hui. D’ailleurs, les personnages adultes en général sont les plus représentatifs de la souplesse du trait de la dessinatrice, dépeints comme souriants et avenants pour mieux nous paraître monstrueux sur la page suivante.

Pour être honnête, après avoir lu les dix tomes disponibles sur le net, je pense que ce manga est de ceux qui réinventent le genre du shōnen, comme l’a fait Attack on Titans il y a quelques années, et qu’il fait preuve d’une rare originalité, à une époque où les licences qui sortent vraiment de l’ordinaire ne sont plus légion (parce que même si j’ai adoré My Hero Academia, il faut reconnaître que ça reste un shōnen des plus classiques, avec bastons épiques, super-pouvoirs et amélioration constante de ses facultés de combat). L’ambiance aigre-douce qui navigue entre douceur et angoisse n’est pas sans faire penser au conte d’Hansel et Gretel, dont on pourrait envisager le manga comme une réécriture très libre croisée avec un peu du Meilleur des Mondes. En bref, quelque chose que tu dois absolument lire.

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