Cursivatorium, La Chouette, Livres

Cursivatorium #4

Le Cursivatorium est de retour ! Et qui dit nouvelle année dit nouvelles règles.

Et comme en 2018, je fais le 52 reading challenge en compagnie de quelques autres fans de lecture, si ça t’intéresse n’hésite pas à nous rejoindre, les inscriptions sont ouvertes toute l’année !

L’an dernier, j’ai (misérablement) tenté de faire un article du genre par mois, mais j’ai rapidement été démotivée. Le fait est qu’il y a des mois où j’avale tellement de livres que je suis obligée d’en enlever sinon l’article serait beaucoup trop long, et d’autres mois où j’ai même pas lu un tout petit roman de rien du tout. J’ai donc décidé de publier un Cursivatorium tous les cinq romans lus (exception faite des livres sur lesquels j’ai TELLEMENT de trucs à dire qu’il leur faut un article dédié). Et ce mois de janvier aura été assez prolifique, ma foi, alors prends un thé, installe-toi au chaud et comme plus personne ne dit depuis les années 1920, en avant Guingamp!

lesdamesdekimoto

C’est l’histoire d’Hana, issue d’une famille noble de la ruralité Japonaise, au fil de sa vie, lors de trois périodes bien définies : au début du roman, c’est une future mariée qui quitte sa famille pour en intégrer une autre ; au milieu du roman c’est une mère de famille délicate et distinguée, qui encourage les ambitions de son mari et tente d’inculquer ses principes à ses enfants ; à la fin du roman, c’est une vieille femme, qui voit les membres de sa famille fuir la capitale pour s’abriter des bombes américaines à la campagne.

Personnellement j’ai adoré ce roman. Ces six heures de lecture ont le mérite de faire découvrir les difficultés que le Vieux Japon a éprouvé face à l’ère moderne et l’ouverture au monde. Cette lutte est d’ailleurs cristallisée par la relation épineuse entre Hana et sa fille aînée, Fumio : étouffée par les nombreux arts dans lesquels sa mère excelle (l’ikebana, la cérémonie du thé, le koto…), la jeune fille rejette en bloc l’héritage culturel de ses ancêtres. Ce roman aborde les relations familiales, le passage du temps et son effet à la fois sur les corps et le monde, mais aussi l’héritage que l’on laisse derrière soi et la difficulté de trouver un équilibre entre respect des traditions et vivre avec son temps. J’ai lu ce livre peu après le décès de ma grand-mère, et la fin du roman a trouvé un écho particulier en moi : la petite-fille d’Hana se désole de ne plus rien posséder “en dehors de la trace dans sa mémoire des moments passés” en sa compagnie. Pendant que j’écris ces lignes, le bracelet d’or de ma grand-mère tinte doucement à mon poignet.

maintenantcestmavie

Daisy, jeune américaine qui semble souffrir de troubles de l’alimentation, fait vivre un véritable enfer à son père, qui a refait sa vie avec une autre femme. À bout de solutions, il envoie sa fille chez la sœur de sa première épouse, décédée à la naissance de Daisy, qui vit en plein cœur de la campagne anglaise. Là-bas, elle découvre une vie simple et magique, en compagnie de ses cousins, qui ont l’habitude d’être seuls (la tante étant souvent en voyage), et expérimente ses premiers émois amoureux en compagnie de l’étrange Edmond. La vie suit gentiment son cours pour Daisy et ses cousins, qui semblent tous disposer d’un sixième sens leur permettant de savoir quel animal est malade ou quand la pluie va tomber. Mais la guerre éclate, laissant cette poignée d’adolescents livrés à eux-même.

Je vais pas te mentir, pendant la première partie du roman, je roulais des yeux régulièrement et je devais me forcer à avancer. Tu aimes tes dialogues munis de guillemets, de tirets et de retours à la ligne ? Là, tout est en un bloc. C’est le festival des “je lui dis, elle me répond, il me dit, je lui dis”. Le deuxième point noir, c’est la romance. Bon, c’est un fait établi que les romances, c’est pas trop mon genre, pour tout un tas de raisons (tropes éculés, niaiserie, quand c’est pas carrément du sexisme ou de la culture du viol). Mais là, faut le reconnaître, le livre m’a feintée. Parce que Daisy vit une passion torride avec son cousin. Je répète. Son. Cousin. Si tu réussis à passer les aventures de jeunesse de Christine Boutin, tu seras récompensé.e en accédant à la seconde partie du roman, qui relève le niveau : Daisy et sa jeune cousine sont séparées du reste de la fratrie, et doivent survivre par leurs propres moyens dans une Angleterre envahie par des ennemis dont on ne sait rien. J’ai aimé que le scénario ne nous laisse que peu de pistes sur la situation réelle de la guerre. C’est crédible, après tout le livre date de 2004, à l’époque, la 4G et BFMTV c’était pas encore d’actualité. Je recommande particulièrement ce roman pour son traitement de l’anorexie. Contrairement à pas mal d’ouvrages dans lesquels tout tourne autour du problème de poids de l’héroïne, ici, pas de discours moralisateur et nombriliste. Au contraire, c’est subtilement amené : personne ne prononce le mot, mais Daisy ne touche jamais à son assiette, ou les cousins détournent les yeux quand elle se met en maillot. La jeune fille est amenée par elle-même à questionner son trouble au fil du roman : peut-on encore se priver de manger quand chaque jour est une lutte éprouvante pour la survie ?

ring

C’est en discutant avec un chauffeur de taxi qu’Asakawa, journaliste, relie la mort de sa nièce de seize ans, terrassée par une crise cardiaque, avec celle de trois de ses amis. Ils sont tous morts de la même manière, à quelques minutes d’écart. En enquêtant sur le point commun qui lie les destins de ces quatre adolescents, il découvre une cassette VHS, sur laquelle se suivent d’étranges images ainsi qu’un message cryptique annonçant la mort de quiconque la regarde dans un délai d’une semaine, à moins qu’ils ne réalisent les consignes… qui ont été effacées. Asakawa dispose désormais de sept jours pour sauver sa vie, mais aussi celles des personnes qui lui sont chères.

J’avais quinze ans, l’été où un ami est venu squatter avec moi chez mon parrain, qui disposait d’une collection effarante de DVD. Il m’a proposé de regarder The Ring, et je me rappelle avoir eu beaucoup de mal à dormir après ça. Je n’ai plus jamais laissé ma télé tourner si je n’étais pas devant. C’est donc avec ce souvenir rémanent d’une des plus jolies peurs de ma vie d’adolescente impressionnable que j’ai attaqué le roman qui a donné naissance au film, et… j’ai été déçue par ma lecture. La faute en incombe au film, qui exploite à fond le côté horreur (le comble, c’est que la scène la plus culte du film n’existe même pas dans le livre…), alors que le roman est davantage un roman d’enquête paranormale, où les pics de frayeur se limitent, pour ma part, à la scène de visionnage de la cassette. Voilà. Autant dire que j’ai refermé le roman avec un sentiment mitigé. On pourra arguer que j’avais qu’à lire le roman avant de regarder le film, mais il faut apporter ici quelques précisions : le livre Ring est sorti en 2002… EN FRANCE. Il a été traduit parce que le film a eu un succès monstrueux, alors qu’il est lui-même sorti en 1998. Et les gens de ma génération savent que la mondialisation et internet, dans les années 90, n’ont rien à voir avec ce qu’on connaît maintenant. C’était l’enfer de se procurer des auteurs japonais. D’ailleurs on sent bien que la traduction a été faite par-dessus la jambe, j’ai été distraite beaucoup trop souvent par les fautes et autres coquilles, quand c’est pas carrément des citations navrantes comme “il ne lui reste que cinq jours pour trouver comment éviter une mort fatale”. Agrougrou, la mort fatale définitive pour toujours. Bref, si tu comptes lire Ring, vois-le comme un roman indépendant du film, ça t’évitera une déconvenue.

lettreecarlate

Nous sommes en 1642, au cœur d’une colonie britannique puritaine dans le Nouveau Monde. Hester, dont le mari a soit disparu en mer soit été enlevé par les Indiens avant de pouvoir rejoindre la colonie de Boston, a conçu un enfant en péchant avec un homme qu’elle refuse de dénoncer au tribunal des institutions religieuses et politiques de sa ville. Offerte aux yeux de la foule (dans laquelle se trouve un homme qu’elle reconnaît parfaitement et qui la juge silencieusement), debout sur l’estrade du pilori, elle doit désormais vivre chaque jour de sa vie en affichant sur son cœur une broderie rouge vif en forme de “A”, pour que nul n’ignore qu’elle a commis le péché d’adultère. On la voit porter son fardeau avec détermination tout au long du roman, mais on suit également le pasteur Dimmesdale, qui a jugé et condamné Hester, et cet homme debout dans la foule, qui a changé de nom pour mieux masquer la vengeance qu’il compte bien exercer.

La Lettre Écarlate est considéré comme le premier roman Américain, raison pour laquelle je l’ai choisi, l’idée étant de lire un classique du pays du diabète et de l’auto-bronzant. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le style est… disons, étoffé. Rien qui ne puisse effrayer un fan de Victor Hugo, mais c’est quand-même très verbeux, et ce n’est donc pas le genre de roman que je peux lire la télé allumée. Le rythme, en particulier, est assez inégal : je pouvais bâfrer une dizaine de pages sans souci et heurter de plein fouet un paragraphe qui me faisait sortir de l’oeuvre. Les personnages sont la force vive de l’oeuvre : coincés chacun dans leur schéma (à l’exception d’Hester, qui est la seule à assumer sa faute au grand jour et donc à s’en repentir sincèrement), le premier expérimente la torture mentale d’être le représentant religieux d’une petite communauté puritaine tout en étant l’un de ses plus grands pécheurs, tandis que le second à force de tourmenter autrui dans le but d’obtenir une vengeance du reste bien méritée, finit par perdre toute raison de vivre. C’est le genre de livre que je ne conseillerai pas à tout le monde, mais La Lettre Écarlate éclaire sur la rudesse du puritanisme et les mœurs des colons Européens qui ont contribué aux racines religieuses fortes des Etats-Unis actuels.

carteautrésor

Le narrateur est entraîné par Make, un ami d’enfance rencontré dans la rue où celui-ci faisait la manche, dans un restaurant de raviolis où il lui raconte mille histoires plus dingues les unes que les autres. Moustache de tigre aphrodisiaque, infirmière distraite, vétérinaire reconverti en chirurgien au bout de six mois d’études, bain dans un lac gelé ou pantalon en coton mélangé responsable d’un mariage, le vrai côtoie le faux dans ce monologue sans fin.

Comme j’avais envie de lire des livres d’autres pays, après avoir attaqué l’année avec le Japon, j’ai décidé de passer à la Chine, et j’avais jeté mon dévolu sur La Carte au Trésor parce qu’il était court (deux petites heures). Et c’est un coup de cœur magistral ! J’ai quand même été décontenancée par ce roman dont la seule trame narrative consiste en deux hommes qui attendent leur plat dans un restaurant de raviolis, mais j’ai passé un très bon moment. Ce roman est drôle, mais pas au sens premier. Il ne m’a jamais fait rire à gorge déployée ni même esquisser un ricanement (sauf quand Make dit d’un chirurgien qui opérait sur des animaux à peine six mois en arrière que “si le district possédait deux chirurgiens comme lui, la planification des naissances n’aurait plus lieu d’être”), mais on ne peut pas s’empêcher de tourner les pages pour “écouter” la prochaine ineptie racontée par Make, qui pourrait obtenir la médaille d’or du pique-assiette 2019, tellement il ne recule devant rien pour se faire offrir un canard laqué ou des raviolis de tigre. Un véritable talent. Les références culturelles sont très nombreuses, et c’est parfois difficile de suivre, surtout sur liseuse, où on ne peut pas cliquer sur les notes sans être téléporté à la fin du roman, en perdant sa page au passage. Je conseille ce livre sans réserves, et j’espère sincèrement que je suis moins horrible que Make quand je raconte une histoire ponctuée de digressions dans tous les sens, ce qui est encore à ce jour, une de mes spécialités.

Et voilà pour ce quatrième Cursivatorium ! Comme il a un peu changé, je compte sur tes retours par rapport aux anciennes moutures : est-ce que la nouvelle présentation te plaît plus ? Est-ce que tu préfères que je réinstaure les + et les – ? Est-ce que tu as déjà lu un de ces romans et si oui qu’en as-tu pensé? Si non, est-ce que j’ai réussi à t’aguicher un peu ? Dis moi tout dans les commentaires ! 

3 réflexions au sujet de “Cursivatorium #4”

    1. Bah franchement, fonce !
      Enfin, je sais c’est plus facile à dire qu’à faire, avec une PàL si grosse et si peu de temps à vivre, toussa toussa x)
      Mais franchement, je savais pas dans quoi je me suis embarquée et je regrette pas, depuis le début de l’année à part pour Ring j’ai rien lu d’asiatique qui n’ait valu le détour !
      Je suis contente d’avoir ton retour pour la forme de la chronique, je vais la maintenir comme ça pour le moment ! :3

      Aimé par 1 personne

Répondre à Nymphetameen Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s