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Eau (H20) & Sel (NaCl)

Ces derniers temps, mon parcours culturel se pave d’œuvres humides, fleurant bon le sel et le vent. L’eau, la mer plus précisément, m’accompagne au gré de mes lectures et visionnages et je me suis dit que tu aimerais sûrement faire partie du voyage.

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Pour ouvrir ce bal marin, je commencerai par le pavé qu’est Vingt mille lieux sous les mers de Jules Verne. Cela fait plusieurs mois maintenant que je l’ai ouvert et après une pause de plusieurs semaines, je suis retombée dedans. J’étais un peu angoissée à l’idée de le lire pour deux raisons : ma précédente rencontre avec un pavé classé parmi les classiques du roman français remontait à ma tentative de lecture des Misérables de Victor Hugo et ça ne s’était pas extrêmement bien passé (abandon par K.O après 14 points virgules, c’est bien tout ce que j’ai retenu de ma lecture…), et la préface m’annonçait que Jules était lui-même plutôt fan de Victor. Mais, comme 2017 était mon année du changement, j’ai fini par sauter le pas et j’ai très vite plongé dans l’ouvrage, accompagnant Aronnax, Conseil et Ned Land dans les profondeurs des océans avec l’énigmatique capitaine Némo. Jules n’a pas usurpé son titre de romancier vulgarisateur : entre détails techniques et classifications de la faune et la flore sous-marines, il m’a fait découvrir les avancées et découvertes de son époque dans un voyage extraordinaire au sein d’un monde qui, aujourd’hui encore, reste mystérieux à nos yeux.

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Mais si je me projette déjà sur le prochain Verne que je saisirai (sûrement Le tour du monde en quatre-vingt jours), il me faut t’avertir. Comme énormément de romans de l’époque et à l’inverse du courant principal d’aujourd’hui, l’écriture est très descriptive et peut sembler assez vide en action et rebondissements. Si l’extraordinaire est partout dans ces pages, tu ne le rencontreras pas en combats épiques contre d’énormes créatures sous-marines ou en tentatives d’évasion alambiquées et chronométrées. Pour autant, par les mots de Jules, j’ai posé les yeux sur des fonds marins dont je ne verrai jamais les paysages et parcouru presque toutes les mers du globe pour en rencontrer ses habitants. Mais si tu es tenté·e par le voyage, laisse-toi emporter par le Nautilus. Peut-être te suffira-t-il d’exercer ton droit de lecteur à sauter des pages pour survoler les longs paragraphes de descriptions pour profiter de l’aventure et de l’émerveillement qui t’attendent au fond des eaux.


Pour contrebalancer en douceur toutes ces données scientifiques, je te propose de découvrir un manga en cinq volumes, Les enfants de la mer de Daisuke Igarashi.

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Avant tout, il te faut savoir que la culture japonaise et moi, on était pas très amies. Il faut dire qu’entre les mangas de 200 tomes et plus, les animés plus longs encore que la trilogie du Seigneur des Anneaux (version longue) et les genres que je juge peu intéressants souvent les plus mis en avant, je ne trouvais guère mon bonheur. J’avais déjà lu un peu de CLAMP mais, hormis Nausicaä de la Vallée du vent de mon cher Hayao Miyazaki, rien n’avait réussi à m’émouvoir ou m’intéresser outre mesure. Jusqu’à ce que Sestra se fasse mon fer de lance pour les animés, mais aussi que mon inscription à la médiathèque et beaucoup de chance ne s’en mêlent.

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Les enfants de la mer, ce fut une claque monumentale, dès le premier tome. C’est par le trait, jamais vu auparavant dans un manga, que j’ai d’abord été surprise. Très haché, comme travaillé du bout d’une plume, il donne une ambiance particulière et travaille à texturer chaque case. Le mot que j’utiliserais pour le décrire au mieux serait « organique ». Enfin s’est profilée l’histoire. Aux côtés de Ruka, nous rencontrons Umi puis Sora, enfants de la mer, élevés par des dugongs (mammifères marins herbivores de la famille des lamantins) avant d’être récupérés par des scientifiques, curieux d’étudier leurs spécificités surnaturelles.
Daisuke, à l’image de Jules, possède cette envie de nous faire découvrir le monde marin et ses mystères. Par son dessin, il nous apporte à voir une reproduction fidèle des animaux qui peuplent nos mers et on retrouve de petites notes entre les cases (comme les noms latins mais aussi quelques informations sur les modes de vie de chacun). Pour provoquer l’immersion qu’il désire, il n’hésite pas à prendre des pages entières pour nous plonger dans ce monde si proche et pourtant étranger. Par son histoire, il cherche à faire vibrer à nouveau en nous la corde des mythes et des croyances qui nous animèrent enfants et qui font encore la base de certains peuples très proches de l’eau.


Dernière escale de notre voyage, dans un médium encore plus obscur pour moi que le manga : le comic. Celui-ci m’a été offert à l’occasion de mon anniversaire par Père-Grand. Je ne me serais jamais attendue à recevoir de lui un comic alors qu’il me demandait toujours mes envies en matière de bulles (plus précisément de bandes dessinées « classiques », c’est-à-dire franco-belge) jusqu’alors. Tu imagines donc ma surprise lorsque de mon colis s’est extirpé un épais bloc noir reconnaissable immédiatement quand tu as déjà lorgné un peu trop longuement sur la collection entière des Batman à la FNAC. Il s’agit de The Wake, scénarisé par Scott Snyder, dessinée par Sean Murphy et colorisé par Matt Hollingsworth.

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Et il a été offert à point nommé car il clôt avec succès ce petit voyage en mer. Jules m’avait emmené par les océans autour du monde, Scott redessinait ce monde et il fallait le redécouvrir. Mais là où Jules mettait le roman au service de la science et s’en servait pour transmettre, Scott et Sean utilisent la science pour donner corps à leur récit, pour le porter et lui donner quelques nageoires avant qu’il ne s’émancipe. Jules utilisait les mythes et les envies profondes de l’époque pour amener l’extraordinaire, Scott et Sean en ont fait la base de leur récit et jouent avec les connaissances humaines actuelles pour nous proposer un récit sombre mais merveilleux, où les sirènes ne ressemblent pas vraiment à Ariel. Par contre, la fin peut surprendre ou décevoir, je préfère le préciser. Pour moi, une seconde lecture m’a permis de mieux saisir comment Scott m’y amenait et cela m’a donc paru plus cohérent qu’à la première.

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Jusqu’à présent, je n’avais jamais trop poussé mes envies de lecture de comics car j’avais un problème avec leurs graphismes : je ne les aimais pas du tout. Évidemment, c’était une pensée réductrice (équivalent à réduire la bande dessinée franco-belge à Tintin et le manga à Naruto) mais je n’arrivais pas à passer par dessus. Je te laisse imaginer ma tristesse, moi qui, comme la Chouette, adore le personnage de Batman. The Wake m’en a partiellement libéré, notamment grâce au travail magnifique de Matt qui jongle avec brio avec les couleurs. Les dernières pages retracent les différentes étapes, du storyboard aux pages finales et, plus encore que pour toute autre bulle, j’ai pris plaisir à relire de bout en bout cette œuvre en prêtant davantage d’attention au rendu encrage-colorisation.


Voilà, le voyage est terminé. Mais j’ai un peu de mal à quitter la mer, alors je te propose de rester un peu plus longtemps sur ce chemin, même s’il sent le sel plus qu’il n’en a le goût. Comme Sora et Umi, certaines créatures marines, semblables aux sirois, sont parfois coincée sur la terre ferme.
Récemment, je me suis glissée dans un fauteuil rouge pour une séance de La Forme de l’eau du réalisateur Guillermo del Toro. Je ne pouvais me permettre de le manquer, n’en ayant encore jamais vu un seul sur grand écran. Mordue depuis mon visionnage d’Hellboy, définitivement attrapée par Le Labyrinthe de Pan, j’avais été refroidie par Crimson Peak (bien qu’il soit magistralement beau). Disons sobrement que j’avais quelques espoirs pour sa dernière œuvre. Et la flamme s’est ravivée.

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Comme il vient à peine de sortir, je n’en dirais pas beaucoup pour éviter d’en dire trop. Mais si tu aimes déjà ce que fait Guillermo, alors je te le conseille grandement. Si ce réalisateur peu prolifique t’est inconnu, que tu aimes les belles romances et le fantastique, que tu n’as pas peur des images graphiques et qu’une certaine dose de violence ne t’effraie pas, je te le conseille également.
Il y a plusieurs choses que j’aime chez Guillermo : d’abord, sa facilité à brouiller les pistes de l’horreur, à renverser les rôles et certains codes ; ensuite, sa patte graphique, ses clair-obscurs, son utilisation des couleurs à la fois vives et sombres ; et enfin son amour pour les vrais costumes. Le numérique et les effets spéciaux sont chez lui des outils qui servent à magnifier une réalité et non à la créer de toutes pièces. Aussi belles puissent être les créatures et monstres créés dans les films des années passées (Smaug ♥), aucune d’entre elles ne peut prétendre au rendu de celles des films de Guillermo. Elles sont trop lisses, trop belles aussi peut-être, là où les fantômes de Crimson Peak, les vampires de Blade II, Pan et la créature marine de La Forme de l’eau prennent vie grâce à leur réalité, leur épaisseur naturelle, leurs imperfections.
La magie a fonctionné avec moi et m’a envahie du sentiment rassurant qu’il existe encore des gens qui ne misent pas tout sur le virtuel, qui sont capable de créer de véritables œuvres dans et pour leur film, quand la plupart des grosses productions provenant des États-Unis ne me laissent qu’un goût salé, désagréable, sur les papilles.


Voilà, il faut maintenant quitter le sable pour la terre ferme. J’espère que tu as fait bon voyage et que cet aperçu t’aura un peu tenté·e. Si tu as d’autres œuvres, qu’elles se lisent ou se regardent, s’écoutent même, sur le thème de l’eau et de la mer, n’hésite pas à partager, je suis preneuse !

LaChatte

4 réflexions au sujet de “Eau (H20) & Sel (NaCl)”

  1. Haaa j’ai adoré « The shape of water » (je suis allé le voir hier). Wahou, quel film sublime! Entre son esthétique parfaite, sa poésie romantique à souhait, ses sous textes politiques… Gros coup de coeur.
    Tu as presque réussi à me tenter avec Jules Verne, mais j’ai un mauvais souvenir du Tour du monde en 80 jours, lu au collège… J’étais peut-être trop jeune pour apprécier la bête!

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    1. J’étais toute émue en sortant de la séance, entre l’état dans lequel le film m’avait mis et l’envie de voir un G. del Toro sur grand écran ! C’était magique !
      Pour 20000 lieux sous les mers, emprunte-le ! Et si tu n’arrives pas à entrer dedans, tu le rendras sans remords ! C’est toujours difficile de passer par-dessus un mauvais souvenir, moi-même, je ne suis pas prête de me frotter à une oeuvre de Victor Hugo tout de suite mais avec Jules Verne, j’ai tout de même un peu reconsidéré la question. Je lirais sûrement d’autres auteurs avant de reprendre en main le premier volume des Misérables, mais j’aurais déjà fait du chemin !
      ~La Chatte

      J'aime

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