Calendrier de l'Avent, Ecologie, La Chatte

Avent 2017 ○ Passion poubelles

Depuis le début du mois, je suis agente d’entretien dans des résidences étudiantes. Ouais, en gros, j’suis femme de ménage.

Physiquement, j’en chie depuis trois semaines (surtout avec le sport à côté), mais avec le temps, ça s’estompe. Je vais retrouver les muscles que j’ai perdu depuis que j’ai arrêté le maraîchage il y a deux ans. Moralement par contre, c’est pire. Pas parce que c’est du ménage ou que je dois faire la même chose tous les jours, loin de là. Même si je t’avoue que ce serait mieux si je pouvais dicter mes articles pendant mon service, je gagnerai un temps fou. Non, plutôt parce que je perds tous les jours un peu plus foi en l’humanité.

Du mardi au jeudi, je sors les poubelles alternant grises (ordures ménagères) et jaunes/bleues (recyclage). Et chaque jour provoque une mini crise de haine et de rage. D’abord, il a les sacs pas fermés qui déversent leur contenu à tout va, il y a les personnes qui s’en foutent du tri et mettent pêle-mêle leur collection de bouteilles de bières dans le conteneur des ordures ménagères et abandonnent leurs cartons tels quels sans prendre la peine de les écraser. Il y a celleux qui ne sont pas capable de faire deux pas dans le local pour remplir les conteneurs du fond qui ne débordent pas et il y a celleux qui refusent d’apprendre le jour de sortie des conteneurs, me gratifiant d’une montagne de saloperie le soir où la poubelle en question est dehors. Ajoutes-y le fait que personne n’a intégré le concept « le mégot est un déchet comme les autres », fais un combo de certaines options pour plus de fun et tu auras une bonne idée du tableau auquel je fais face la moitié de la semaine.

Tu dois peut-être te dire que c’est mon taff après tout, de quoi j’me plains ? Je te répondrais que non. Mon travail, c’est de tenir propre la résidence. Faire les sols, laver la buanderie ou désinfecter les interrupteurs et poignées de porte, sortir et rentrer les poubelles. Pas nager dans les immondices au prétexte qu’un·e abruti·e n’a pas accepté de souiller sa salubre main pour soulever le couvercle d’une poubelle.

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Maintenant, imagine après un week-end ce que ça peut donner…

Je connais des personnes qui vendraient père et mère plutôt que de faire du ménage. Ma dernière extrémité est, personnellement, travailler dans un fast-food, de peu dernier après caissière ou préparatrice de commande en grande surface. Je ne connais pas leurs raisons mais je suppose que cela va un peu de paire avec l’idée que le ménage, c’est dégradant. Ce n’est pas mon opinion. Ce qui est dégradant, c’est la manière dont se comportent les gens dès lors qu’ils savent que quelqu’un d’autre va passer derrière eux. Résultat, la majeure partie d’entre eux s’en battent royalement les gonades et se laissent complètement aller.

C’est ici qu’intervient – ou que devrait intervenir – la notion du vivre ensemble. L’être humain est un animal de meute, il ne vit pas seul. Nous vivons dans une construction sociale où l’on travaille les uns pour les autres (un peu trop d’ailleurs) mais aussi les uns avec les autres, ce que beaucoup oublient, volontairement ou non.

Je ne demande pas la Lune, juste de la considération en tant qu’être humain. Le ménage, ce n’est pas le métier le plus passionnant ou épanouissant, clairement. Mais étant donné que c’est nécessaire, il ne devrait pas être la corvée qu’il est actuellement. Et il n’y a pas que l’incivilité des gens qui le transforme en enfer, je te rassure. Non, il y a aussi le matériel, datant encore du XVIII° siècle, les horaires, calculées pour que tu n’aies pas le temps de souffler ou encore les produits, plus que chimiques, à manier avec des gants, un masque, enfin la combinaison complète quoi, le tout en concentration pour lessiveuse industrielle.

Pour tout te dire, je commence sérieusement à penser qu’on devrait remplacer le service militaire par un service civique où l’on expérimenterait certains de ces métiers que l’on regarde de haut. Cela permettrait aux usagers de se rendre compte de ce qu’ils infligent au quotidien et aux patrons de voir la dure réalité d’un travail auquel ils ne se confrontent que sur papier. Pour le ménage, ça n’aurait même pas besoin d’être long, je vous garantis qu’une seule semaine suffit à comprendre.

Peut-être qu’avec cette expérience empirique, chacun se rendrait alors compte qu’il suffit d’un peu de volonté et de quelques efforts momentanés pour changer ses habitudes et tendre vers une société plus respectueuse.


LaChatte

1 réflexion au sujet de “Avent 2017 ○ Passion poubelles”

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