Bulles, Calendrier de l'Avent, Livres

Avent 2017 ○ De Bulles et d’Encre

Quand j’étais petite, je lisais beaucoup.

Et quand une BD m’est tombée entre les mains, je n’ai pratiquement plus lu que ça, à tel point que ma mère s’est inquiétée que je ne retourne jamais plus aux livres sans images. Je lisais tout ce qui me tombait entre les pattes, soit certains des grands classiques de la BD franco-belge : les Tintin de mon grand frère (j’ai cordialement détesté), les aventures d’Astérix (mon beau-père les possédait en version collector reliées de cuir et j’avais l’impression de trimballer des grimoires), les Schtroumpfs (mon père a fini par les jeter parce que j’ai fini par parler comme eux et il en pouvait plus), des BD destinées à des enfants comme Yakari ou Papyrus. Adolescente, mon parrain me faisait découvert Litteul Kévin (et les anciens de Fluide Glacial par extension), un camarade de classe, les Lanfeust de Troy. Et ensuite, j’ai juste abandonné l’univers de la BD. Comme ça. Pouf.

Puis je me suis inscrite sur Senscritique. C’est un poison insidieux au final. Tu commences par noter deux-trois films, et tu te retrouves à dérouler toute la liste de tes connaissances, de tes lectures croisées au lycée, de tes musiques favorites. Je suis rapidement arrivée à un résultat très satisfaisant… Sauf dans la catégorie des Bandes-Dessinées. Et là, je me suis dit que ça ne pouvait plus durer, que je devais rattraper mon retard. J’ai donc commencé à en lire. Des BD cool, d’autres que j’ai oubliées à peine terminées. Et suite à la lecture de l’une d’entre elles, qui m’a particulièrement retournée, je me suis dit qu’il n’était pas mauvais de faire une petite sélection, dont tu connaîtras peut-être quelques titres, mais dont j’espère te donner envie de les lire.
Jolies Ténèbres – Kerascoët/Vehlmann (2009)
Cette BD m’a collé une claque hallucinante, parce que c’est le meilleur résumé de l’enfance qu’il m’ait été donné de voir. L’histoire commence de la plus niaise des façons, avec la petite Aurore qui donne une dînette avec le prince dont elle espère recevoir la confession, lorsque les murs de leur maison se désagrègent. On les voit donc s’échapper par… la narine d’une petite fille morte. Aurore, le Prince et des centaines d’autres petites créatures s’enfuient hors du cadavre, et tentent de vivre par leurs propres moyens. On se moque que l’histoire ne soit pas très compréhensible au début, tellement on est hypnotisé par les allées et venues de ces petits bouts d’imaginaire, lesquels sont capables sans transition de la plus grande bonté et de la pire des cruauté.
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Aurore, qu’on comprendra rapidement être le double de la fillette morte, tente d’aider ses camarades à survivre contre la pluie, la famine, les animaux de la forêt, et on assiste sans transition à des scènes adorables telles la distribution de nourriture, et terribles (comme cette  fille qui se fait enterrer « pour jouer » et dont les compagnes partent jouer à autre chose, oubliant de la déterrer). Le récit devient de plus en plus sombre à mesure que le cadavre se décompose, et le pire reste que les petites créatures, tout comme les petits enfants, ne se rendent même pas compte de la cruauté dont ils font preuve.
Ne te fie pas à l’aspect très « fantasy » de la couverture. J’ai été très surprise en ouvrant l’album, tellement les dessins sont enfantins et acidulés. Et c’est justement ce qui fait la beauté du contraste, Pour autant, n’offre pas Jolies Ténèbres à ta petite sœur de 10 ans, parce que ce récit est si sombre que je me suis sentie vaguement écœurée en terminant l’ouvrage. Une claque comme rarement j’en ai pris.
Nimona – Joëlle Stevenson (2015)
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Nimona, c’est l’histoire, avant tout, de deux hommes. L’un, Goldenloin, représente le Bien, blond et vêtu de clair, en caricature du chevalier parfait. L’autre, Blackheart, représente le Mal, vivant dans un repère secret, passant des jours entiers en expérimentations et en plans diaboliques, pour attaquer l’institution qui l’a déchu en lui préférant Goldenloin. Leur rivalité a des airs de ballet, de film dont ils connaissent le scénario, et ont plus ou moins de bonne foi à le jouer (comme lors de la scène de duel, où Blackheart soupire en disant « on est vraiment obligés?« ). Mais ça c’était avant l’arrivée de Nimona. Nimona, c’est l’éléphant dans un magasin de porcelaine, la punk à chien au crâne rasé et aux cheveux tour à tour roses violets ou bleus qui veut aider Blackheart à prendre le pouvoir sur le monde grâce à ses dons. Car Nimona peut littéralement se changer en n’importe quel animal. Et elle nous permet aussi de découvrir que rien n’est aussi manichéen que ce que le postulat de départ nous le laissait penser. Goldenloin n’est pas si gentil, Blackheart n’est pas si méchant, les institutions ne sont pas aussi neutres qu’il n’y paraît, et le background de Nimona n’est pas aussi simple qu’elle a bien voulu le laisser croire.

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Cette BD est initialement un comic strip en ligne, et ça se voit essentiellement sur la première partie du scénario, qui propose des histoires rigolotes sur une acolyte bien plus chaotique que le prétendu SuperMéchant de l’histoire, lequel n’a jamais réussi un seul de ses plans pour dominer le monde. Ensuite, les personnages prennent de l’ampleur et malgré quelques longueurs, on se laisse facilement happer par une histoire plus profonde qu’il n’y paraît.

Reines de Sang : Isabelle – Gloris/Calderon (2012)

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Pour le coup, je triche un peu parce que je connaissais l’histoire de la Reine d’Angleterre la plus badass de France, tout simplement parce qu’on en parle dans la saga historique Les Rois Maudits (grosso modo, Game of Thrones sans les dragons). Isabelle, fille du roi de France et Reine d’Angleterre, mariée à un homme qui préfère les hommes, et qui ne se prive pas de torturer sa femme avec ses « perversions ». Une femme qu’on a sacrifiée pour le bien de la nation, humiliée par son époux, entourée de nobles à qui elle ne peut se fier, qui décide de se venger au travers de son fils, en lui implantant l’idée de réclamer la couronne de France en plus de celle d’Angleterre, bref vous découvrirez les prémices de la Guerre de Cent Ans.

Personnellement, cette période historique m’a passionnée depuis l’enfance, et les dessins sont magnifiques, mais niveau scénario, on peut reprocher un peu trop de classicisme. On dirait que tous les personnages sans exception ont un balai planté bien profond, sauf en ce qui concerne le petit Richard III, le seul à se comporter comme un enfant normal et à nous apporter de petits moments de légèreté.

Mauvais Genre – Chloé Cruchaudet (2013)
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Paul, avant de partir pour la « drôle de guerre », épouse Louise. Celui-ci supporte terriblement mal les tranchées et, après avoir vu la tête d’un camarade sauter sous ses yeux, il décide de se couper le « doigt stratégique » (celui qu’on utilise pour tirer), afin d’échapper à l’horreur des batailles. Après avoir tout tenté pour prolonger l’infection, on annonce à Paul qu’il devra retourner sur le front ; c’est ainsi qu’il déserte, caché dans un hôtel non loin de sa femme. On fusillait les déserteurs, et après avoir passé quelques temps dans la pièce étroite sans trop de distractions, Paul prend le risque de sortir. Suite à une dispute avec Louise, celui-ci a l’idée de se déguiser en femme pour pouvoir acheter sa bouteille de vin. Dès lors, son quotidien va changer. Lui qui devenait aigre et violent à cause de l’isolement se met soudainement à déborder d’enthousiasme. Louise, ravie de ce changement d’attitude chez son mari, l’aide à parfaire ses attraits pour que l’homme dont elle est amoureuse puisse, malgré tous les risques, vivre dans l’espoir fou du jour où les déserteurs seraient graciés…

Image associée

Cette BD est incroyable. On y trouve, pèle-mêle, le traumatisme de la guerre, une interrogation sur les genres et ce qui fait réellement le masculin ou le féminin, sur la signification de l’amour et de ce qu’on est prêt à faire en son nom, une quête de soi, le tout servi par un dessin essentiellement gris, mis en valeur par quelques détails colorés de rouge. Si le trait n’est pas forcément ce que je préfère, l’histoire et sa réalisation visuelle vont tellement bien ensemble que c’est tout pardonné.

Young :Tunis 1911 Auschwitz 1945 – Vaccaro/Ducoudray (2013)

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Cette histoire vraie parle de Victor Young Perez, champion du monde de boxe catégorie Poids Mouche, qui a eu le malheur de naître juif quelques années avant la Seconde Guerre Mondiale. On suit son parcours grâce à de nombreux flash-backs qui montrent son enfance à Tunis, ses efforts et sa consécration lorsqu’il remporte son titre, entre des séquences où il tente de survivre aux camps de la mort. Le parallèle donne une idée très précise, tangible, de la différence de statut, de la négation de l’humain qui a été exercée là-bas. Lors d’un examen, un officier allemand fan de boxe le reconnaît et lui propose d’organiser des combats afin d’égayer les troupes. Grâce à cette initiative, Victor utilise sa position de « privilégié » pour aider autant que possible ceux qui l’entourent, et qui luttent pour survivre un jour de plus. Victor Young Perez ne survivra pas à la guerre, une de ces nombreuses victimes faites une fois les alliés débarqués et la guerre sur le point de s’achever, mais ce n’est pas la fin qui compte. C’est le voyage, aux côtés d’un homme extraordinaire de bonté.

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Ducoudray n’en était pas à son coup d’essai en racontant la vie d’un boxeur, il faut croire qu’il aime beaucoup les biographies de sportifs, mais je n’ai pas lu son premier ouvrage, cependant il s’est attaché à ne montrer pratiquement que le héros. Bien sûr les personnages secondaires foisonnent, mais contrairement Maus, où le père s’attachait à raconter ce qui était arrivé à chaque membre de la famille, à chaque ami, ici tu les vois disparaître du cadre de l’histoire sans connaître leur destin. Quant au dessin d’Eddy Vaccaro, il faut avouer que le crayonné, même si ce n’est pas mon style de prédilection, est super efficace et le rythme est maintenu, ça se lit tout seul.
Cette bande-dessinée sur la déportation aura peut-être pour toi l’impression d’une redite, comme si on savait déjà tout ce qu’il y a à savoir sur les horreurs des camps, mais le but de cette histoire n’est pas tant de nous narrer son horreur, que de nous rappeler que même dans les pires moments de l’Histoire, il y a toujours des hommes qui font preuve d’une grande noblesse.

Carnets de Thèse – Tiphaine Rivière (2015)
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Carnets de Thèse, c’est à la fois le truc qui met en évidence la nullité de notre système d’études supérieures et qui te réconcilie avec le fait que tu aies abandonné ton idée de faire une thèse, avant même de la commencer. On suit l’histoire de Jeanne, une étudiante en littérature fan de Kafka, qui décide de se lancer dans une thèse en arguant que les gens qui ont besoin de plus de trois ans sont de grosses feignasses et qu’elle et sa volonté viendront à bout de l’épreuve. Sauf qu’on assiste, aussi impuissant que l’héroïne et sans pouvoir s’empêcher de rire, à sa dégringolade sur tous les niveaux : la secrétaire qui n’est jamais là mais qui répond « y’a personne » quand on toque à la porte, le directeur de thèse qui répond aux emails avec des phrases laconiques et l’évite comme la peste pour ne pas avoir à se farcir la lecture de son plan de thèse, le côté financier qui devient intenable, l’obligeant à prendre un boulot en même temps que ses recherches qui n’avancent jamais… Niveau personnel, elle se heurte à l’incompréhension de sa famille, qui n’arrive pas à comprendre l’utilité d’une thèse sur le travail littéraire d’un écrivain du XX° siècle, et même sa relation amoureuse commence à en pâtir.

J’ai adoré cette BD, qui m’a réconciliée avec mon échec estudiantin, et en particulier avec mon envie de faire un doctorat, que j’avais moi-aussi bêtement identifié comme étant facile si on y met les efforts nécessaires. C’est un ouvrage drôle, qui dépeint avec une précision autobiographique les embûches et les travers du système qu’il conviendrait peut-être bien de réformer pour quelque chose de plus efficace, mais le sourire est toujours là quand tu viens à bout des pages de Carnets de Thèse, et c’est là toute la beauté de la chose : joie, désespoir, abattement et motivation se succèdent sans jamais laisser de place à l’aigreur, et c’est ce qui rend cette BD si belle.

Murderabilia- Alvaro Ortiz (2015)
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Tout commence avec Malmö. Ou plutôt avec l’oncle de Malmö, qui n’a jamais été super doué pour les relations sociales. Donc lorsqu’il tombe dans les escaliers, mourant sur le coup, personne ne s’inquiète avant deux bons mois, et lorsque les secours arrivent, ils trouvent les deux chats du tonton très affairés à manger ce qu’il reste de la dépouille. Malmö a lâché ses études, vit avec ses parents qu’il ne supporte pas, et se laisse vivre. Il voudrait être écrivain mais n’écrit jamais, et tout ce qu’il trouve pour gagner de l’argent, c’est… de vendre les chats. Car en effet, il existe un marché pour les possessions ayant un lien avec des meurtres, et les tarifs sont très intéressants… C’est ainsi qu’il va faire connaissance avec un collectionneur avide de murderabilia, ces objets ayant appartenu à des tueurs en série ou aux victimes de ceux-ci, et deux chats qui ont dévoré leur maître post-mortem serait du plus bel effet dans pareille collection…

Murderabilia

Je ne m’attendais pas à grand-chose en lisant cette BD, surtout avec cette couverture très colorée au design enfantin. Et c’est une excellente surprise, je n’ai lâché l’ouvrage qu’une fois terminé avec une satisfaction proche de la satiété. Peut-être parce que je me suis rendu compte avec Jolies Ténèbres que le visuel qui colle le plus pour des histoires glauques, c’est celui qui va à l’encontre du scénario. Peut-êtreprobablement, sûrement aussi que j’ai cette fascination pour les tueurs en série et la mémoire des objets (pas forcément des objets à connotation morbide). J’ai également lu Cendres, du même auteur, et sans aller jusqu’au coup de foudre que j’éprouve pour Murderabilia, j’aime beaucoup le style d’Ortiz.

Fables Amères – Chabouté (2010)

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Fables Amères de Tout Petits Riens, qui porte très bien son nom, c’est onze petites histoires, quelques pages chacune à peine, qui narrent les petits trucs qui arrivent chaque jour dans la vie, et qui nous foutent bien les boules ou qui nous laissent une impression pénible, une amertume qu’on a du mal à laisser derrière soi. Comme l’histoire, qui t’est probablement déjà arrivée, de cette petite fille qui voulait amener le petit-déjeuner au lit à ses parents, lesquels l’engueulent parce qu’elle les a réveillés tôt un dimanche. La bataille de la bonne intention enfantine contre les dures réalités de la vie d’adulte. Il y a beaucoup de changements de point de vue dans ces pages, qui permettent parfois de te sentir honteux parce que tu te reconnais dans un personnage, et pas dans le plus glorieux. L’auteur ne porte jamais de jugement sur ses protagonistes, il se contente de les faire vivre, de montrer les différentes tranches de vie avec une neutralité quasi-Suisse.

Christophe Chabouté - Fables amères, De tout petits riens, H

Le dessin n’est pas particulièrement beau, mais il n’est pas laid non plus, tout en aplats de noir & blanc, qui ne s’embarrasse pas de trop de détails mais dont le trait implante les décors de manière efficace. Si visuellement, ce n’est pas une claque, la BD en reste très touchante, et possède une vraie force.

J’avais prévu de te proposer deux autres BD mais je me rends compte que si tu as déjà lu jusqu’ici, c’est pas mal. La prochaine fois qu’on parle BD, je te conseillerai mon top 5 pioché dans mes lectures de 2017 pour clore cette année ! 

LaChouette

2 réflexions au sujet de “Avent 2017 ○ De Bulles et d’Encre”

  1. J’ai eu Jolies Ténèbres à mon anniversaire lorsqu’il est sortit et j’ai ressenti exactement la même chose que toi. J’adore le relire et le réanalyser, je trouve ce bouquin fascinant.
    Je te conseille « Les vieux fourneaux », « La différence invisible », « Polina », « LIP, des héros ordinaires », « Trop n’est pas assez » (sans doute mon roman graphique préféré) et l’intégrale des notes de Boulet.

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