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Avent 2017 ○ Com!c Con – Notre besoin d’Histoires

Cette année, j’ai voulu tester la Com!c Con*.

Qu’est-ce que la Comic-Con, me demanderas-tu? C’est un événement qui était axé originellement sur les bandes-dessinées du même nom, et qui se répète chaque été depuis 1970 à San Diego, Californie. Mais nous sommes en 2017, la mondialisation est passée par là et depuis, non seulement la Comic-Con ne parle plus uniquement de comics mais de pop culture en général (ce qui inclut cinéma, séries, animes, mangas, jouets, jeux de cartes, jeux vidéo…), mais aussi, la France a décidé d’avoir sa propre mouture avec l’évolution du festival français Kultima (2007-2008) en Com!c Con courant 2009.

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Clairement, cette version française est une cousine pauvre et lépreuse de la Comic-Con de San Diego, mais l’effort est salué, d’autant que ce genre d’initiative est rare en France. J’étais donc extrêmement jouasse à l’idée de m’y rendre, étant une batgroupie lectrice de comics assez enthousiaste. Évidemment, tout n’était pas parfait, loin s’en faut, entre la bouffe trop chère, les 52 cosplays de Harley Quinn (je ne déconne pas), les conférences auxquelles on ne peut pas accéder sans taper sa petite demi-heure de queue, et les invités qui sont parqués dans des box sans visibilité, parce que tu dois payer en plus du prix d’entrée si tu veux faire dédicacer ton bout de papier ou ton selfie tout con.

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Pour autant, j’ai beaucoup aimé flâner d’un stand à l’autre, et je suis repartie avec moult goodies comme de chouettes badges Stranger Things, un poster du Coon ou des dessous de verre Harry Potter. Même si on sent l’influence Japan Expo (les deux événements étaient liés et sont organisés par la même team) avec une profusion de stands de perruques kawai et de peluches, nombre de stands sont dédiés aux dessinateurs, au gear Star Wars ou à la vente pure et simple de comics. Quant à moi, j’ai assisté à quelques conférences fort intéressantes, dont je te propose le contenu dans ce chouette calendrier de l’avent bloguesque pendant trois jours. Aujourd’hui :

Notre besoin d’histoires

La plupart des gens qui aiment lire ont leurs histoires de prédilection. Et quand ils aiment, ils relisent. Car ce qui nous pousse à relire, c’est la recherche de la satisfaction de notre première lecture, tout en étant assuré de connaître le dénouement et en nous permettant de nous livrer à une lecture plus analytique.
Mais grâce à quoi connait-on encore des histoires aussi anciennes que l’Iliade, par exemple ? Qu’est-ce qui permet à un récit de traverser les âges, à qui ont servi ces histoires ? Il faut savoir que les histoires et la mythologie avaient pour but de créer la civilisation, en lui fournissant un code de conduite universel, et l’Iliade en est un parfait exemple.

À l’époque, la Grèce n’était pas unie sous une seule égide comme c’est le cas maintenant, mais composée de tribus en luttes intestines : les Athéniens, les Spartiates, les Arcadiens… C’est leur objectif commun de vaincre la cité de Troie qui les allie, montrant aux lecteurs les possibilités et le pouvoir que procurerait une unification.
Si tu n’as jamais lu l’Iliade, sache qu’un chapitre en particulier, dit « des bateaux » est une purge absolue à lire : on y traite du débarquement des armées Grecques sur les rives de Troie. Chaque tribu Grecque y est annoncée, l’une après l’autre, en une énumération sans fin de noms de bateaux, de héros, de généraux et de figures locales sans oublier les patelins dont chacun est originaire, et autant te dire qu’il y en a un sacré paquet.
Cependant, lorsque le conteur narrait cette histoire, assis au coin du feu, les hommes dans l’assistance se levaient à la mention de leur village, et sentaient qu’ils avaient indirectement contribué à la bataille. Ils se sentaient intimement liés à l’histoire.

Au XX° siècle, les comics ont la même vocation. Les divinités y sont d’ailleurs très présentes, et on traite les héros de comics comme on traite les dieux de la mythologie : si le parallèle avec Thor est évident puisque sa cosmogonie entière est basée sur la mythologie scandinave, on peut remarquer également que les héros sont munis de nombreuses qualités et de grands pouvoirs, lesquels sont toujours amoindris par une faiblesse. Clark Kent et sa Kryptonite ne sont qu’une version 2.0 de l’invulnérable Achille et son talon. Avec le temps, certains archétypes sont détournés, rendus moins décelables, plus subtils. Léia Organa est vue comme une femme forte, l’arme au poing, le caractère bien trempé, et en ça elle tranche avec l’archétype de la femme en détresse classique. Pour autant, elle commence enfermée dans une base, et elle demande l’aide d’Obi Wan.

Le rêve et l’histoire sont les deux pendants d’une même pièce : le rêve est un besoin de l’être vivant. Tous les animaux rêvent, mais les humains combinent ce besoin de rêver avec l’envie de se souvenir des histoires que les rêves racontent. Ce besoin de conter remonte aux origines de la race humaine et a perduré avec l’évolution. On ne s’improvise pas conteur, on sait raconter ou on ne sait pas. Le distinguo se fait très tôt dans l’histoire de l’Humanité : on identifie très facilement le conteur au sein d’un groupe, qui acquiert alors un rang particulier. Il gagne sa subsistance au sein de ce groupe en s’acquittant de cette tâche : il fait transiter l’histoire à travers les âges, en faisant perdurer la tradition orale. Le rituel du film de 20h50 est une version new age du rituel de l’histoire au coin du feu, histoire écoutée par la quasi totalité des membres de la tribu : l’histoire a alors une valeur éducative, elle est là pour apprendre au plus grand nombre ce qui se passe quand on enfreint les règles (Oedipe, par exemple, enseigne les conséquences de l’inceste). Dans bien des cas, les livres n’ayant pas été écrits, les histoires voyagent d’un conteur à l’autre, changeant à chaque récit, ce qui explique pourquoi les contes ont parfois trois ou quatre versions différentes. Toute narration issue de la tradition orale est une narration collective car le conteur qui reçoit l’histoire reçoit la version d’un conteur précédent. La narration collective est donc une suite logique de ce processus, avec un mode de transmission new-gen : le Jeu De Rôle, narration collective par excellence, est remis au goût du jour en partie grâce à son évocation dans la série Stranger Things.

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Le XX° siècle a connu trois dates significatives qui ont mené à la culture que nous connaissons aujourd’hui.
En 1976, Bruno Bettelheim a écrit le livre Psychanalyse des Contes de Fées en s’appuyant sur les contes de Perrault, Grimm ou Andersen, lesquels sont déjà des réécritures issues de la tradition orale.
En 1977, Star Wars sort au cinéma et fait le gigantesque carton que l’on sait.
En 1978, Donjons & Dragons Advanced Edition sort en librairies.
Ce qu’on retient de ces trois dates, c’est qu’il s’agit d’une époque charnière, où on semble (re)prendre conscience de ce besoin d’histoires pour rêver, s’évader, mais aussi là encore, se construire, apprendre (Bettelheim déconstruit les contes en messages clairs : le Chaperon Rouge a pour morale d’éviter les rencontres masculines).

Carl Jung est le premier, en 1911, à faire des recherches sur le rêve en y mêlant des axes religieux, mythologiques et anthropologiques (plus d’infos ici). En ce qui nous concerne, il ressort que les dieux ont des rôles bien assignés (fécondité, océans, enfer…), mais n’ont pas d’identité propre. Cette importance accordée aux rôles et non à la personnalité éclaire Jung, qui devient le premier à classifier les archétypes (par exemple, l’archétype du Mentor, qui dans le monde de la fiction regroupe Gandalf, Dumbledore, Obi Wan, Morpheus…).

Joseph Campbell, anthropologue, s’appuie sur les travaux de Jung et cherche des comparaisons et des similitudes dans les différentes civilisations. En effet, du Japon à l’Islande en passant par le Pérou, on retrouve dans chaque mythologie les figures du dragon, du vampire, du démon… Il publie alors, en 1949, l’ouvrage The Hero with a Thousand Faces qui inclue le schéma du voyage héroïque : il s’agit d’un schéma retraçant par phases le voyage d’un personnage pour obtenir l’objet de sa quête. Notre inconscient collectif est satisfait par ce schéma, qui nous rassure et se décline à l’infini.

Les deux premiers à utiliser cette formule sont J. R. R. Tolkien… et Georges Lucas.

Tolkien a inconsciemment utilisé ce modèle. Il aimait les langues alors il en a inventé, ses enfants voulaient des histoires alors il a écrit Bilbo le Hobbit. Il a créé sa propre mythologie à partir d’éléments qui lui plaisaient et, en homme de son époque, a adopté l’écriture moderne, qui vise à entremêler les trames et les points de vue. Mais ce qui a fait la richesse des œuvres de Tolkien, outre sa mythologie personnelle, c’est que tous ses personnages suivent la trajectoire du voyage héroïque. Ici, chacun est le héros de sa propre trame et non pas un faire-valoir ambulant autour d’un héros unique. Et ce qui est encore plus impressionnant, c’est que ce choix est totalement inconscient, Tolkien n’ayant pas lu The Thousand Faces.

Georges Lucas en revanche a consciemment utilisé ce modèle. Afin de rendre les caractères des personnages encore plus évidents, il a d’ailleurs doublé les archétypes de side-kicks aux mêmes traits : Léia, affiliée à la raison et à la pondération, a comme side-kick C3PO alors que Han Solo, dangereux homme d’instinct, a comme side-kick Chewbacca, encore plus dangereux et instinctif. Le film a été un succès total, à tel point que Disney décide de copier le succès en sortant lui aussi une histoire dans l’espace. En 1979 sort « Le Trou Noir« , film qui raconte l’aventure de deux droïdes… et qui fait un bide monumental. En effet, Disney n’a pas copié la recette du voyage héroïque mais l’univers visuel de Star Wars. En fait, l’échec est tellement critique qu’il précipite Disney dans une traversée du désert qui le coulera presque. Ce n’est qu’au bout de dix ans, en 1989 avec la sortie de La Petite Sirène, que Disney sort la tête du sable et cesse enfin de produire des films à perte : voilà qui donne un tout autre sens à l’idée que Disney ait tant voulu racheter Star Wars

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Christopher Vogler, dont le travail est de valider des scripts, rédige à partir de Thousand Faces un « guide pratique » : le guide du scénariste. Grâce à lui, Disney renoue avec le succès. Parmi les films validés avec cette recette, on trouve Aladdin, Mulan, Le Roi Lion… Ce guide devient reconnu dans le milieu, enseigné dans les écoles de cinéma. Toute la chaîne de production applique ce modèle qui plaît tant… ce qui explique pourquoi tous les films actuels se ressemblent.
Le Nouvel Hollywood ou les anti-héros (plus récemment Dexter, Jessica Jones ou Deadpool) sont une réponse à la lassitude qu’entraîne l’uniformisation du cinéma par  ce biais. On assiste aussi à des tentatives sympathiques de renouveler le genre, pour sortir de cette monotonie. Un exemple très concret et récent : Game of Thrones. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, on ne peut pas nier qu’il y a quelque chose d’audacieux et de novateur  dans le paysage actuel à nous lier à un personnage qu’on pense principal, pour le voir mourir misérablement à la fin de la saison. Personne n’est en sécurité, tout peut arriver. Et en ce qui me concerne, même si la fin est mauvaise, le voyage aura valu le coup.
On assiste aussi à des collisions de genres, qui remportent souvent le succès d’autant qu’elles sont originales : si on transpose Sherlock Holmes au Moyen-Âge, on obtient Le Nom de la Rose, et si on prend le mythe du vampire victorien et qu’on le place dans le Far-West, on obtient l’excellent comic American Vampire.

J’espère sincèrement que mes notes ne t’auront pas paru trop fades, j’ai ajouté des liens par-ci par-là si ta curiosité n’a pas été satisfaite, en attendant je te dis à dans deux jours pour un résumé de conférence sur les jouets et la Pop-Culture !

* oui je dis la, désolée. C’est UNE convention. Donc LA Comic Con, get over it.

LaChouette

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