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Avent 2017 ○ W ou le souvenir d’enfance

Lorsque j’ai ouvert W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec, je ne m’attendais à rien.

Même si, comme la plupart d’entre nous, son nom ne m’était pas étranger, je n’avais pas d’intérêt particulier pour l’auteur, que je découvrais pour la première fois à travers cet ouvrage et, de fait, encore moins pour le récit de sa vie.

Si ce livre s’est retrouvé entre mes doigts, c’est donc pour une raison purement pratique : le 52 reading challenge. Oui, encore lui. Passées les catégories les plus faciles à remplir, ce fut l’occasion purrfaite de sortir des sentiers battus et de se creuser un peu les méninges. W ou le souvenir d’enfance me parut tout indiqué pour valider le numéro 52, un livre autobiographique. C’est donc sur cette unique base que je l’ouvrais. Et je me suis pris une sacrée claque.

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Paru en 1975, W ou le souvenir d’enfance est une autobiographie que je qualifierai d’atypique car elle alterne, un chapitre sur deux, un récit fictif et le récit autobiographique proprement dit, eux-mêmes divisés en deux parties chacun. Perec y  retrace sa petite enfance et les années en pension dans les Alpes pendant la Seconde guerre Mondiale. Le récit fictif, lui, tourne autour de l’archipel de la Terre du Feu.

De prime abord, il n’y a aucun lien entre les deux récits. Et pourtant, les enchevêtrant inlassablement, Perec m’amène peu à peu à la clef de voute, aux derniers chapitres, ceux qui font sens.

Comment se joue ce tour de force ?

Tout d’abord, par la mise en avant de l’insignifiance apparente du récit autobiographique. Non content de n’être introduit qu’en deuxième chapitre, Perec le commence par cette phrase : « Je n’ai pas de souvenirs d’enfance. » C’est dommage, c’est un peu le thème de l’ouvrage.

Dans la première partie, Perec tente de dresser un portrait de ses origines et de sa petite enfance. La mémoire étant ce qu’elle est, pour rapporter les faits, il s’appuie plus volontiers sur des anecdotes rapportées et des photographies que les quelques images floues et plus ou moins fantasmées qui lui reviennent. Dans la seconde partie, plus longue, il revient sur sa vie dans les Alpes, où il reste de ses six à neuf ans, naviguant de familles en pensions, avant d’être adopté par sa tante et son mari lors de la Libération. Les souvenirs de cette période sont plus nombreux mais encore erratiques : certains, à la chronologie douteuse, sont brumeux, d’autres ressortent avec une précision candide.

_._

Immanquablement, face à ces banalités, j’en suis arrivée à me tourner vers le récit qui se déroule en parallèle. Sa première partie m’introduit au personnage de Gaspard Winckler, un déserteur réfugié en Allemagne sous un nom d’emprunt. Sa nouvelle vie est perturbée par sa rencontre avec le gérant d’une société de secours aux naufragés. Ce dernier tente de le convaincre de rejoindre sa prochaine expédition de sauvetage pour retrouver le seul passager manquant d’un navire perdu dans l’archipel de la Terre du Feu : le Gaspard Winckler originel.

Et, sans préavis, d’un chapitre à l’autre, la seconde partie tranche brutalement avec cette amorce et m’abandonne à la description de l’organisation sociale de la fameuse W, île imaginaire de la Terre du Feu. Bâtie sur un idéal sportif olympique, elle est régie par des règles strictes. Si les premiers chapitres semblent effectivement y faire écho, la description méticuleuse, digne d’un roman naturaliste, nous amène peu à peu à découvrir les dessous de cette apparence. Humiliations, maltraitances et bien pire se dissimulent dans le quotidien des athlètes de W, qui tient plus du cauchemar que de l’utopie.

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Malgré l’installation d’un malaise grandissant, je me suis retrouvée piégée, voyeuse pleine d’une curiosité morbide, avide de avoir jusqu’où cela irait. Très vite, j’ai avalé les chapitres autobiographiques (je n’ai jamais su sauter des pages) pour mieux retrouver la fiction. Et puis, à quelques pages à peine de la fin du livre, il y a ces phrases. Elles terminent leurs chapitres respectifs sur une note dissonante qui, quelque part dans ma tête, se transforme en une sonnette d’alarme. Mais, lorsque j’entame l’avant-dernier chapitre, je ne vois encore rien venir.

En six pages, Perec m’achève. La fiction rejoint la réalité, une réalité qui n’a jamais cessé d’être présente mais dont j’ai oublié l’existence ou du moins, que j’ai mise de côté, trop prise que j’étais dans le récit.

Encore aujourd’hui, en écrivant ces lignes, je m’interroge. Je voudrais dire tellement de choses encore sur l’écriture et le montage de cet ouvrage que cet article prendrait la tournure d’un essai que d’autres ont déjà dû écrire. Aussi vais-je me contenter de te le recommander, en espérant ne pas en avoir trop dit.


LaChatte

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