La Chouette, Livres

Not an Addict.

Comme toute chouette qui se respecte, je lis énormément, et je lis de nuit.
Bon, quand je dis énormément, c’est davantage que je lis minimum deux livres chaque mois, ce qui, pour la plupart des mortels, est déjà beaucoup. Entre des périodes très calmes surviennent de véritables épisodes boulimiques, où j’ingère à la suite les romans les plus divers.

C’est au cours d’une de ces phases-là que j’ai découvert le livre dont je te parle aujourd’hui, et histoire de commencer ce blog sur les chapeaux de roue, il s’agit d’un chef-d’oeuvre. (spoiler alert : non)

Pour te placer le contexte, la Chatte et moi faisons toutes les deux notre propre petit challenge littéraire, en compagnie de quiconque a envie de nous rejoindre sur ce petit groupe Facebook. Il s’agit de tenter de lire 52 livres dans l’année, soit un par semaine, chaque numéro correspondant à un thème bien précis. Les livres ne sont pas imposés mais doivent correspondre à l’un des 52 thèmes proposés. Si je doute qu’aucune d’entre nous n’arrive au nombre fatidique d’ici la fin de l’année, on a surtout décidé de le voir comme une occasion de faire descendre nos piles à lire, de sortir de nos zones de confort, et aussi de lire, quoi qu’il arrive, davantage de livres que l’année précédente (et jusqu’ici, en ce qui me concerne, c’est un succès total).

C’est donc dans l’optique de valider mon n°6 (un livre écrit par une auteure) que j’ai entamé Addict, de Jeanne Ryan.

 

On y suit les aventures de Vee, une adolescente qui, comme toute personne qui passe par cette choupi époque de la vie, n’aime pas trop sa vie. Ses raisons de détester sa vie sont évidemment hyper-béton : elle est entichée du beau gosse de la compagnie théâtrale du lycée, pour laquelle elle officie en tant que maquilleuse, mais il ne la calcule pas. Pire encore, sa meilleure amie est si extraordinaire et belle qu’elle se sent invisible en comparaison. Et le fond du gouffre : ses parents l’empêchent de sortir depuis qu’ils ont pensé (à tort) que leur progéniture avait tenté de mettre fin à ses jours. Difficile de compatir, si j’avais retrouvé ma gamine en train de s’asphyxier au monoxyde de carbone dans mon garage, j’aurais fait bien pire que la priver de sortie, mais selon son point de vue, c’est vraiment trop pas juste.

Bref, tu l’auras peut-être compris toi-même, mais le vrai problème de Vee est, selon l’aveu de tous, qu’elle est chiante comme la pluie ennuyeuse. C’est d’ailleurs pour ça, pour prouver à tout le monde qu’ils se sont trompés, qu’elle décide de participer à un petit défi du jeu Addict.
Pour t’expliquer brièvement ce qu’est Addict, il s’agit d’un truc à mi-chemin entre la télé-réalité et le streaming. Personne ne connaît les dirigeants ou le siège social du programme, mais ça n’a l’air d’inquiéter personne, parce que les participants peuvent gagner des prix extraordinaires. On y discerne deux rôles, celui des Joueurs et des Observateurs : les joueurs se voient promettre un cadeau qui correspond à leurs envies les plus secrètes (ça va de la paire de chaussures à une bourse d’études) en échange d’une vidéo d’eux en train de réaliser un défi proposé par le site. On peut donc se voir proposer de chanter une chanson paillarde dans une église, s’écraser du pudding dans le soutien-gorge en plein milieu d’un restaurant, enfiler une capote par le nez et la recracher par la bouche… Quant aux Observateurs, ce sont des gens qui paient un abonnement pour regarder les défis des autres (dont le niveau monte crescendo), et qui peuvent se rendre sur place pour filmer ou photographier les participants en train de réaliser leur défis, ou encore plus lol, leur mettre des bâtons dans les roues.
C’est donc pour se challenger elle-même mais aussi pour remporter cette sublime paire de chaussures que Vee réalise un challenge, qui sera vu tellement de fois qu’on lui proposera alors de passer à la vitesse supérieure, et de concourir pour un prix toujours plus extraordinaire…

Il est possible que j’aie subtilement fait comprendre mon point de vue en te résumant l’intrigue, mais je ne suis définitivement pas une addict. Je ne comprends pas comment on peut foirer un bouquin à ce point. On a un exemple criant de ce à quoi ressemble un concept sympathique entre des mains incompétentes.
Les personnages sont tous plus creux les uns que les autres, il est impossible de s’attacher à qui que ce soit. C’est terrible. Vee, en particulier, est insupportable. On a l’impression qu’elle ne vit qu’à travers l’image que les gens ont d’elle, alors qu’elle aurait tellement gagné à s’en foutre de l’avis de gens qu’elle ne connaît même pas, même si évidemment, le livre aurait été beaucoup plus court. Parce que oui, en dehors de sa meilleure amie et de ce mec du théâtre, les gens à qui elle veut prouver qu’ils ont tort… bah, on sait pas qui c’est, mais ils ont étonnamment raison. Vee ne se lâche jamais, fait tout à contrecœur, se plaint, menace cent fois de tout abandonner alors que les défis qu’elle doit relever ne sont ni spécialement vicieux ni difficiles à réaliser… On se retrouve à subir un personnage principal qui passe son temps à dire qu’elle n’est pas cette nana chiante que ses potes imaginent, mais elle agit constamment comme telle. Faut s’accepter, jeune fille. C’est pas une mauvaise chose d’être un peu chiante.

Addict-my-reaction
Moi chaque fois que Vee fait quelque chose.

Jeanne Ryan en fait des caisses pour nous montrer que Vee n’est pas conventionnelle parce que, tiens toi bien, elle aime les vêtements vintage. Pour bien nous faire comprendre qu’elle est originale, elle va jusqu’à comparer sa meilleure amie à une « poupée barbie » alors qu’elle a la peau pâle et un look vintage. Eh bah dis-donc.
Parfois je ne peux pas empêcher un rire sarcastique quand je lis des passages sur ses « dons » de maquilleuse. À lire son point de vue, on dirait que Vee est la maquilleuse de Lady Gaga alors qu’elle doit réellement avoir le niveau de base de la nana qui sait appliquer du crayon sans éborgner ses modèles. Bref, on nous abreuve de détails qui ont juste l’air de sortir d’une version fantasmée de la réalité, mais je chipote un peu en remuant tout ça, alors que ce qui heurte réellement, c’est la fin, que je rendrai spoiler free.

Le niveau de difficulté des défis a atteint son paroxysme. Vee et plusieurs autres candidats (tous des monuments d’originalité) sont enfermés dans une pièce. Vee est tout angoissée parce qu’elle pense qu’elle va mourir. Je ne saurai jamais si la situation était réellement critique, auquel cas on a un cas d’école de climax raté, ou si la vision de la scène était déformée par le prisme mal emboîté de la panique de Vee, PARCE QU’ON. NE SENT PAS. LE DANGER. Pas une minute je n’ai compris pourquoi Vee nous tapait un nervous breakdown, détruisant tout sur son passage dans son obsession de se tirer d’ici.

Ce que ça en dit, au delà de la platitude du personnage principal et de cette fin ratée, c’est que le concept aurait pu être bon. On aurait pu profiter de cette idée de base pour monter une très bonne critique des réseaux sociaux, de la télé-réalité, de l’omniprésence des médias… J’ai vu, par-ci par-là, les prémices du livre que je pensais lire quand je l’ai mis dans ma pile à lire, mais ce n’était que pour mieux se vautrer deux phrases plus loin.

Au final, tout ce qu’on peut retenir de ce livre, c’est qu’un bon auteur, ça ne s’invente pas. Jeanne Ryan repousse les limites de ce que je pensais être un mauvais écrivain, en empilant les clichés et les maladresses d’écriture. Je n’ai jamais été une fan de Stephenie Meyer, dont je trouvais le style d’écriture totalement fade, à la limite du script de film, mais depuis que j’ai lu Addict, je suis beaucoup plus gentille avec la maman de Twilight. Addict est un page-turner (je l’ai lu en trois heures) pour toutes les mauvaises raisons : c’est creux, ça n’invite pas à la réflexion, on n’est jamais ému, jamais effrayé, jamais rien. Le livre est à peine lu qu’il est déjà oublié.

Public critique, passe ton chemin, laisse tomber ce livre qui porte si mal son nom. Je ne conseille ce livre qu’aux pré-adolescent.e.s qui s’intéressent à la lecture, et pour qui le style littéraire n’est pas encore aussi important que l’action du livre. Addict peut être un pont qui donne envie à ta jeune cousine de persévérer dans ses lectures, mais en aucun cas il ne conviendra à une personne dont les goûts littéraires sont un tant soit peu exigeants.

LaChouette

 

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